Samedi 5 mai 1998 au Sénat, Palais du Luxembourg
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Adoption d'une charte des droits des personnes atteintes de
maladies orphelines
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Nous remercions vivement le sénateur Claude Huriet qui a bien voulu nous
accueillir au Palais du Luxembourg.
Ces assises ont pu être organisées grâce au soutien des laboratoires
Biogalénique.
Cette synthèse a été établie par les analystes de la société Hors Ligne.
Ce livre blanc restitue les interventions et les débats qui se sont déroulés
dans le cadre des premières Assises de l'AFRG le 5 mai 1998 au Palais du
Luxembourg.
Cette journée avait été précédée de tables rondes préparatoires organisées par
la Maison des Maladies Orphelines. Elles ont révélé une véritable soif de parole
de la part des malades et des familles, que la richesse des débats, lors des
assises elles-mêmes, a confirmé.
Ceci n'est donc qu'une étape d'un long marathon similaire à celui que vivent les
personnes atteintes de maladies génétiques évolutives.
L'AFRG, comme les enfants malades, se bat avec les yeux grands ouverts et avec
lucidité. Elle essaie de s'inspirer de l'exemple qu'ils nous donnent, celui du
courage et d'un optimisme d'autant plus fort qu'il se forme dans la souffrance.
Pour eux, nous avons le devoir de faire avancer les droits des malades et la
recherche.
Le premier symposium scientifique organisé par l'AFRG en 1996 à l'Institut Curie
a permis de définir des objectifs scientifiques simples sur la base d'un
consensus avec les chercheurs.
Il était essentiel que les malades, leurs familles et leurs associations
puissent eux aussi faire entendre leur voix.
Ce travail collectif a abouti à l'adoption, votée à l'unanimité, d'une charte
des droits des personnes atteintes de maladies orphelines.
Nous allons maintenant relayer ce message auprès de tous ceux qui auront à coeur
de soutenir leur combat.
« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Chers Amis,
Croyez-bien que je regrette profondément de ne pas pouvoir être présent parmi
vous, retenu par des obligations gouvernementales de dernière heure qui
m'éloignent de notre pays au moment où se tiennent vos Assises.
J'avais accepté avec un très grand plaisir de conclure vos Assises pour y saluer
la qualité du travail associatif que mène l'Association Française de Recherche
Génétique.
Les maladies orphelines que vous avez décidé de prendre en charge ne devraient
plus le rester. Les progrès récents et considérables de la recherche en
génétique fondamentale permettent de l'espérer. Ce qui est en jeu maintenant est
le transfert de ces connaissances nouvelles vers la prise en charge médicale et
médico-sociale des patients pour lesquels vous menez ce noble combat.
Transférer ces nouvelles connaissances sur le plan médical, cela signifie
travailler à mettre en place de nouvelles méthodes de diagnostic, de prévention
et, logiquement, de traitement. Sur le plan médico-social, cela veut dire
imaginer de nouvelles formes de prise en charge, de nouvelles structures de
soins adaptées mais aussi se battre pour une meilleure réinsertion des patients
dans leur vie quotidienne.
Je sais que vous oeuvrez dans ces directions essentielles qui vont d'une aide à
la recherche médicale à la réinsertion scolaire des enfants atteints.
Je partage vos objectifs, j'apprécie la qualité des efforts que vous développez
et je vous assure que je reste à votre écoute, attentif à vos propositions.
Je souhaite la plus grande réussite aux actions que vous entreprenez et vous
prie de croire, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs à mes sentiments
les plus cordiaux. »
Claude Huriet sénateur,
Je voudrais tout d'abord rendre hommage au travail de votre association et aux
familles que vous représentez. J'ai pu découvrir les difficultés auxquelles vous
êtes confrontés ; je sais la tendresse et le dévouement dont vous entourez vos
enfants. Je voudrais également rendre hommage au Sénat... La Constitution donne
en fait au Sénat les moyens et le temps de légiférer dans la sérénité et la
continuité. Ce constat vaut en particulier pour les dispositions législatives
qui ont été adoptées dans le domaine des maladies génétiques.
Les maladies orphelines : une cause à laquelle je suis sensible
Il y a un peu plus d'un an, j'ai rencontré les responsables de l'AFRG et
découvert le combat et les objectifs de cette association. Comme de nombreux
Français, j'ai été sensible au message véhiculé par les Journées du Nez Rouge
qui visent à sensibiliser le grand public aux maladies dites « orphelines »,
parce qu'elles ne touchent qu'un très petit nombre de malades, ce qui les rend
souvent difficiles à diagnostiquer et plus encore à traiter.
En tant que médecin-néphrologue, en tant que parlementaire, vice-président de la
commission des Affaires Sociales du Sénat, je n'ai cessé de lutter pour
améliorer la situation des patients et contribuer au développement d'une
recherche médicale de qualité. C'est pourquoi, sensible à la cause défendue par
l'AFRG, je ne pouvais qu'accepter avec empressement de parrainer cette réunion
et de vous accueillir aujourd'hui dans l'enceinte de notre Maison.
Encourager la recherche
À l'origine avec Frank Serusclat d'une loi visant à assurer la protection des
personnes dans la recherche biomédicale, je m'intéresse depuis longtemps au
développement dans notre pays d'une recherche dynamique et innovante qui, dans
le respect des droits des malades, leur permette de bénéficier le plus
rapidement et sûrement possible des découvertes de la science.
Le cas particulier des maladies rares
Les maladies orphelines n'affectent qu'un nombre très limité de patients. Dans
ces conditions, comment rentabiliser un traitement, dont le développement peut
prendre plusieurs années, alors qu'il ne concernera que si peu de malades ? Dès
lors, les laboratoires pharmaceutiques préfèrent se consacrer en priorité à des
maladies plus répandues.
Les États ont donc pris conscience de la nécessité d'encourager la recherche sur
les maladies que la seule logique du marché exclurait du champ de l'industrie.
En particulier, l'Europe est en passe de se doter d'une directive qui prévoit
des incitations réglementaires et financières à la recherche, au développement,
à l'autorisation de mise sur le marché et à la distribution des médicaments
orphelins.
Quelques dispositions prises en France
Au niveau français, le souci de favoriser la recherche sur les pathologies
orphelines n'a pas été absent des préoccupations du législateur.
Le Haut-Conseil des thérapies géniques et cellulaires
À l'occasion de l'adoption de la loi du 28 mai 1996 sur les produits de thérapie
génique et cellulaire, j'ai souhaité que soit constitué un Haut-Conseil des
thérapies géniques et cellulaires. Cet organisme, placé auprès du Premier
Ministre, sera chargé de lui présenter les orientations susceptibles de
favoriser le développement de ces thérapies et de coordonner l'action des
organismes publics ou privés qui y concourent.
En introduisant cette disposition, je souhaitais favoriser l'orientation des
efforts de la recherche vers les maladies rares. Deux ans après, j'espère que le
décret d'application de cette mesure verra très prochainement le jour...
La clause d'exonération pour risque de développement
Dans le souci de permettre au malade de bénéficier au plus vite de toutes les
innovations de la pharmacologie, j'ai souhaité lors de la transposition en droit
français de la directive européenne sur la responsabilité du fait des produits
défectueux que l'industrie pharmaceutique puisse bénéficier d'une clause
d'exonération pour risque de développement, afin qu'elle soit incitée à mettre
sur le marché, par l'intermédiaire de l'autorisation temporaire d'utilisation,
ses nouveaux médicaments le plus précocement possible.
L'intégration de l'enfant malade dans notre société
Quand un enfant est atteint de l'une de ses maladies, il y a certes, les espoirs
que l'on place dans la découverte d'une nouvelle molécule ou d'une découverte
scientifique déterminante, mais personne n'ignore qu'une recherche ne peut porte
ses fruits que dans un avenir parfois lointain.
Entre-temps, il y a le quotidien de la maladie à gérer au jour le jour. Et ce
quotidien, lui non plus, ne doit pas être négligé.
C'est pourquoi il est heureux que votre association , après avoir organisé un
premier symposium scientifique sur les maladies génétiques orphelines vous
propose aujourd'hui de réfléchir à la place de l'enfant malade dans notre
société, aux difficultés auxquelles, en tant que parents, vous êtes confrontés
pour éduquer un enfant que la maladie a rendu différent.
La législation existante dans ce domaine
Les lois
Le principe de l'admission à l'École des enfants atteints de troubles de la
santé a été posé dès 1963. La loi du 30 juin 1975 précise que l'intégration des
enfants handicapés doit être, chaque fois qu'elle est possible, la norme vers
laquelle il faut tendre, et que ces enfants sont soumis à l'obligation
éducative. La loi d'orientation sur l'éducation du 10 juillet 1989 réaffirme ce
souci en indiquant que « l'acquisition d'une culture générale et d'une
qualification reconnue est assurée à tous les jeunes, quelle que soit leur
origine sociale, culturelle ou géographique ». Elle ajoute que « l'intégration
scolaire est favorisée ; les établissements et services de soins y participent
».
Les circulaires
De nombreuses circulaires sont venues préciser l'application de cette volonté
d'intégration. En particulier, la circulaire du 22 juillet 1993 aborde plus
spécifiquement le cas des enfants et adolescents atteints de troubles de la
santé évoluant sur une longue période. Elle prévoit la mise en place d'un projet
d'accueil personnalisé concernant chaque élève admis dans un établissement
scolaire ordinaire et associant l'enfant, sa famille, les partenaires extérieurs
à l'équipe éducative et au personnel de promotion de la santé. Tous ces textes
s'inspirent d'une même préoccupation : faire en sorte d'orienter au mieux chaque
enfant en fonction de sa situation et au cas par cas.
Des questions qui attendent des réponses
Pour l'année scolaire 1994-1995, 51 990 enfants étaient accueillis dans
l'enseignement spécialisé du premier degré, contre 101 398 en 1980-1981. En
1994-1995, 15 479 handicapés étaient intégrés à plein temps dans l'enseignement
ordinaire. L'école, au fil des années, s'est ouverte à la différence que
constituent la maladie ou le handicap.
Mais qu'en est-il ensuite de l'intégration de ces enfants et adolescents dans
les collèges et les lycées ? Comment vit-on l'intégration d'un enfant malade au
quotidien ? La journée qui s'ouvre permettra d'apporter quelques éléments de
réponse à ces questions. Il m'intéressera de les connaître afin de continuer à
soutenir vos actions. Bon courage !
Jean di Sciullo
Nous vous remercions pour vos encouragements et avons été extrêmement sensibles
à l'humanisme de vos propos.
De façon générale, le politique, s'il n'est pas irrigué par la société civile,
ne peut que se sentir démuni. C'est pourquoi, partant du principe que les
malades doivent eux-mêmes oeuvrer à l'amélioration de leur situation, nous
souhaitons être une force active de proposition auprès des politiques. En
particulier, les associations de malades devront pouvoir faire entendre leur
voix dans le cadre du Haut-Conseil des thérapies géniques et cellulaires.
Jean di Sciullo président de l'AFRG
Pourquoi ces Assises ?
Le but de ces Assises est de donner lieu à une réflexion sur un certain nombre
de thèmes pour aboutir à des propositions qui seront rassemblées dans un Livre
Blanc. Ce document, enrichi de vos remarques, sera adressé aux politiques, aux
membres de l'Administration, aux associations de malades, aux médecins et
scientifiques qui s'intéressent à ces questions et aux médias.
Pourquoi avoir donné un caractère inter associatif à ces assises ? Au
travers de ces rencontres, nous avons voulu informer d'autres associations sur
l'état d'avancement de nos actions. Cette démarche fait également suite au débat
que nous avons eu dans le cadre de notre Conseil d'Administration et au terme
duquel il a été décidé de maintenir les portes de l'AFRG grandes ouvertes. Nous
pensons que l'union fait la force et que toute association souhaitant nous
rejoindre est la bienvenue.
Les principes de l'AFRG
La subsidiarité
Le fonctionnement de l'AFRG s'appuie sur un principe de subsidiarité : chaque
association membre de l'AFRG reste souveraine en ce qui concerne la façon dont
elle souhaite remplir son objet social mais, concernant un certain nombre de
missions définies de manière démocratique au sein de l'AFRG, elle peut décider
pour être plus efficace de travailler avec d'autres associations.
La sensibilisation du grand public aux maladies orphelines
Sans mobiliser le grand public, nous ne pourrons faire avancer de nouvelles
solutions ou dégager des financements suffisants pour susciter et encourager des
efforts de recherche très importants.
La complémentarité
L'AFRG est également attachée à la notion de complémentarité. Elle n'a vocation
à se substituer ni aux Pouvoirs Publics ni aux autres associations. Pour
apporter sa pierre à un édifice commun, l'AFRG souhaite jouer un rôle
d'éclaireur, de locomotive si cela s'avère nécessaire. Nous devons garder en
tête l'intérêt de nos enfants et de nos malades : celui-ci exige que nous ayons
la sagesse de travailler tous ensemble.
La démocratie
L'AFRG s'appuie sur des valeurs démocratiques. Par exemple, nous avons décidé de
laisser aux associations que nous aidons une certaine souplesse en ce qui
concerne la formulation de leurs besoins de financement. Nous avons ainsi
subventionné des projets très divers. Nous avons notamment aidé à la mise en
place du réseau informatique d'une association et soutenu des réunions
scientifiques (en particulier, un symposium international sur les
neurofibromatoses, et le prochain symposium mondial sur le syndrome de Von
Hippel-Lindau qui se tiendra à Paris) ainsi que des campagnes de sensibilisation
sur telle ou telle maladie.
Aujourd'hui, ces financements sont démocratiquement décidés par notre Conseil
d'Administration. Je souhaiterais pour ma part que se mette en place dans ce
domaine un conseil associatif.
L'équité entre associations membres
Ce qui s'avère efficace dans une association doit logiquement fonctionner dans
les autres. Appliquer ce postulat se révèle parfois difficile car nous devons
être capables de faire la synthèse entre la souplesse de l'aide privée et la
nécessité de poser des principes d'attribution des financements.
À ce propos, je voudrais vous raconter un des mes récents bonheurs de bénévole.
Je le dois à Flora, une fillette de quatre ans, atteinte de la maladie des os de
verre. À la demande de l'Association Ostéogénèse Imparfaite, nous avons décidé
de débloquer une aide d'urgence afin de permettre à la maman de Flora
d'accompagner sa fille au Canada où celle-ci pourrait suivre un traitement
adéquat. Parallèlement, nous avons décidé d'ouvrir une nouvelle ligne de crédit
accessible à toutes les associations membres de l'AFRG afin de permettre les
déplacements des enfants malades vers l'étranger, lorsqu'un traitement approprié
à leur état n'existe pas en France. Aujourd'hui, Flora va beaucoup mieux. De
surcroît, cette expérience a incité les spécialistes français à importer le
traitement mis au point par les Canadiens.
Cette belle histoire suffit à elle seule à justifier l'existence de l'AFRG.
Le déroulement des Assises
Les thèmes abordés
Après le symposium scientifique que nous avions organisé en 1996, il nous a
semblé important d'aborder les problèmes liés à l'impact familial et social
des maladies génétiques orphelines.
Cette journée s'articulera donc autour de deux thèmes.
En outre, ce soir, nous inaugurerons la Maison des Maladies Orphelines.
Les points essentiels de la Charte des droits des personnes atteintes de
maladies orphelines
Deux points inclus dans la Charte que nous proposons à votre vote me paraissent
essentiels.
Nous souhaitons tout d'abord que l'expérience pilote de la Maison des Maladies
Orphelines de Paris soit étendue à d'autres grandes villes de France et que se
mette en place un réseau national des MMO. Pour nous, il s'agit ainsi d'être
plus proches des malades. Notre service d'entraide doit reposer sur un principe
de proximité
En outre, nous voulons que se développent autant que possible des actions
d'intégration scolaire individualisées au profit de nos enfants. Une
intégration dans un milieu scolaire « classique » révolutionne en effet aussi
bien la vie de ces enfants que le regard que leurs camarades bien portants
peuvent porter sur eux. Il s'agit d'un véritable apprentissage de la tolérance
et de la citoyenneté entière de ceux qui sont différents.
Le pourquoi de ma présence parmi vous
Une présence à priori inattendue.
Ma présence ici peut paraître anachronique à deux titres.
Tout d'abord, il est inhabituel pour un industriel d'être au Sénat, dans une
enceinte où se sont exprimés de nombreux personnages illustres.
De plus, il peut être étonnant de voir parmi des représentants d'associations à
but humanitaire un chef d'entreprise, c'est-à-dire un de ces hommes dont on
pense souvent qu'ils ne sont mus que par la recherche du profit.
Une présence pourtant justifiée
Les difficultés de financement de l'innovation
Dans notre pays, la Sécurité Sociale rencontre des difficultés que vous n'êtes
pas sans connaître. Dès 1993, il est apparu de surcroît que l'augmentation des
dépenses de santé pénalisait l'innovation.
Lors de la commercialisation des nouveaux médicaments, la Sécurité Sociale
refuse d'en assurer le remboursement au delà d'un certain niveau, alors que, de
leur côté, les laboratoires pharmaceutiques consacrent en moyenne 20 à 25
millions de francs au développement d'une nouvelle molécule. Les chercheurs ne
trouvent donc pas en France un niveau de rémunération suffisant qui leur
permettrait de développer leur innovation ou de l'exporter.
Un nouveau modus vivendi
Il était nécessaire de trouver une solution à une telle situation. Dans ces
conditions, en 1993, Rhône-Poulenc Rorer a proposé aux Pouvoirs Publics le
partenariat suivant. Nous nous sommes engagés à participer à l'effort de
réduction des dépenses de santé, en contrepartie de quoi la Sécurité Sociale
encouragerait l'innovation en payant celle-ci à son juste prix. Pour ce faire,
Rhône-Poulenc Rorer a mis en place le premier laboratoire français de
développement de médicaments génériques, Biogalénique. Ces derniers sont
élaborés à partir de molécules tombées dans le domaine public et sont 30 à 40 %
moins chers que les médicaments d'origine.
Dans ce donnant-donnant, le développement des médicaments génériques représente
donc la condition du financement de l'innovation par les Pouvoirs Publics. Dans
cette mesure, Biogalénique participe au bon développement de la recherche. C'est
pourquoi je suis aujourd'hui parmi vous.
Notre partenariat avec l'AFRG
L'information des médecins et pharmaciens
Notre première action, qui a duré six mois, a consisté à remettre aux médecins
et aux pharmaciens deux dépliants afin d'effectuer une première sensibilisation
sur les maladies orphelines.. Nous nous sommes alors aperçus du travail
d'information considérable qu'il restait à accomplir auprès des médecins et
pharmaciens.
Nous avons donc décidé de prendre totalement en charge les efforts d'information
médico-pharmaceutique de l'AFRG.
Dans ce sens, nous distribuerons dans les prochaines semaines un document
intitulé « Maladies génétiques orphelines : en savoir plus » à 30 000
médecins et pharmaciens en France.
Si le praticien désire en savoir plus, il est alors à prendre contact avec la
Maison des Maladies Orphelines.
D'autres actions
En outre, nous finançons trois bourses de recherche qui, au niveau du
DEA, portent sur les maladies génétiques orphelines.
Nous avons aussi participé à la création de la première Maison des Maladies
Orphelines
Pour conclure, je citerai une phrase de Jean Cocteau : « Ne sachant pas que
c'était impossible, je l'ai fait. » Alors, faites-le !
Jean di Sciullo
Par modestie, vous n'avez pas voulu détailler plus avant l'aide que vous nous
apportez. Je me permettrai donc de le faire à votre place.
En premier lieu, les trois bourses de recherche que vous avez évoquées portent
chacune sur un montant de 80 000 francs. Il s'agit ainsi de susciter des
vocations parmi de jeunes chercheurs de talent afin qu'ils consacrent leurs
efforts aux maladies que nous représentons. Ceci nous amènera à créer des
filières pour accompagner ces chercheurs même après la fin de leur Doctorat.
En second lieu, nous nous réjouissons de pouvoir bénéficier, au travers des
Laboratoires Biogalénique, de l'expérience d'un grand professionnel de la
communication pharmaceutique et médicale. En effet, sensibiliser et former les
médecins de ville aux maladies génétiques rares, favoriser leur diagnostic
précoce, améliorer les liens entre médecins généralistes et services spécialisés
des centres hospitaliers sont autant d'enjeux majeurs pour les malades. De notre
côté, en matière de maladies génétiques orphelines, nous proposerons également
des modules de formation continue aux médecins.
Yves Harel
Je voudrais vous dévoiler un « scoop ». Hier, le président de l'Association des
Pharmacies rurales, Yves Troulliet, a donné à l'AFRG et aux laboratoires
Biogalénique son accord pour que les officines rurales participent de façon
active aux journées du Nez Rouge. 4 000 courriers seront ainsi adressés à ces
officines afin de les associer à ces journées.
compte-rendu de la table ronde préparatoire
Pierre di Sciullo
Les débats de cette table ronde, qui s'est tenue le 1er avril, ont été riches et
intenses. Nous avons dressé un état des lieux et tenté de proposer certaines
solutions.
L'état des lieux de l'intégration scolaire des enfants
Notre table ronde s'est avant tout penchée sur l'intégration des enfants malades
ou handicapés en milieu scolaire « ordinaire ». Mais, de l'avis de tous,
l'intégration de ces enfants, qu'elle se fasse en milieu ordinaire ou
spécialisé, représente un véritable parcours du combattant.
Le cadre juridique de cette intégration
Les acteurs concernés
Les familles
L'École
Les Directeurs d'écoles ne suivent pas de formation spécifique à l'accueil des
enfants malades ou handicapés, à moins que l'Inspecteur qui forme ces Directeurs
s'y attache personnellement. De même, le programme de formation des professeurs
d'école ne prévoit aucun module sur ces mêmes questions. La formation des agents
de service dans ce domaine est elle aussi inexistante.
Dans ce contexte, la loi et les décrets de 1975 sont souvent inconnus.
L'apprentissage des processus d'intégration se fait donc « sur le tas » en
fonction des bonnes volontés qui, heureusement, ne manquent pas.
Le médecin scolaire
Le médecin scolaire qui, par les textes, devrait être le pivot de l'intégration
de nos enfants, couvre dans les faits un minimum de six écoles et ne peut donc
jouer pleinement son rôle. De surcroît, la collaboration entre les équipes
médicales qui suivent les enfants et le médecin scolaire est souvent déficiente.
Les parents sont contraints d'assurer eux-mêmes la transmission des informations
entre ces différents intervenants, ce qui ne constitue pas une tâche facile.
L'État
Les CDES (Centres Départementaux d'Éducation Spécialisée) définissent les taux
d'invalidité, attribuent les cartes d'invalidité et les allocations,
accompagnent les familles et ont vocation à favoriser l'intégration des enfants.
En pratique, l'organisation et l'efficacité des CDES varient fortement d'un
département à l'autre. Les médecins présents dans le cadre de ces commissions
connaissent souvent mal les maladies génétiques rares.
Les élus locaux ont en charge le financement des écoles. Leur participation au
contrat d'intégration de nos enfants est là encore extrêmement variable.
Par exemple, à Paris, quel que soit le nombre d'enfants à intégrer dans son
école, une Directrice ne peut obtenir de la Mairie qu'un renfort en agents de
service équivalent au maximum à 15 heures hebdomadaires. Toujours à Paris, trois
institutrices spécialisés gèrent l'ensemble des dossiers d'intégration et sont
de fait souvent débordées. De surcroît, elles ne disposent pas d'un inventaire
répertoriant l'équipement des différentes écoles de la capitale permettant d'
accueillir des enfants handicapés ou malades. L'Éducation Nationale, dans son
ensemble, ne semble pas avoir mis en place un tel inventaire, ce qui me parait
tout à fait inouï.
Un déficit d'information
À mon sens, il existe en France une véritable désinformation sur les problèmes
liés au handicap. On assimile abusivement handicap et déficience intellectuelle.
Les enseignants redoutent la surcharge de travail que risque d'impliquer selon
eux la prise en charge d'un enfant malade ou handicapé.
Nous devons donc expliquer qu'un enfant malade n'est pas forcément déficient
intellectuellement et que, si tel est le cas, il convient de déterminer la
pédagogie appropriée qui peut lui être proposée.
Les propositions de la table ronde
Davantage de moyens et d'information
Nous demandons que la loi de 1975 et ses décrets soient appliqués. Pour cela,
des efforts considérables en termes de formation, d'effectifs et de moyens
doivent être accomplis. Par exemple, j'estime que le Ministère de la Santé
devrait mener des campagnes d'information directement auprès des médecins des
CDES. De même, le Ministère de l'Éducation Nationale doit engager des actions de
formation auprès des Directeurs et instituteurs sur le contenu de la loi de 1975
et leur donner les moyens d'appliquer cette loi. L'intégration des enfants
malades et handicapés doit également figurer au programme des IUFM.
L'Éducation Nationale doit inventorier au niveau de chaque école les moyens qui
permettent d'accueillir des enfants handicapés. Dans les écoles d'un certain
âge, des équipements de ce type font cruellement défaut et doivent donc être mis
en place.
Un nouveau métier : auxiliaire d'intégration scolaire spécialisé
Les mairies doivent financer davantage de créations de postes adaptés à
l'intégration de nos enfants. À ce titre, le projet développé par l'association
Le Chaînon Manquant est extrêmement intéressant.
Il consiste en effet à créer un nouveau métier, celui d'auxiliaire d'intégration
scolaire spécialisé. Ces auxiliaires seraient présents à l'École, aideraient les
enseignants, s'occuperaient d'une pédagogie adaptée aux enfants malades ou
handicapés et favoriseraient un meilleur dialogue entre parents et instituteurs.
Les emplois jeunes qui répondent à des besoins nouveaux non satisfaits, peuvent
satisfaire cette demande.
L'expérience en cours en Alsace et dans d'autres régions est extrêmement
porteuse d'espoir pour les enfants et mérite d'être étendue.
Changer certaines attitudes
Les moyens existants doivent être gérés d'une manière plus souple, davantage au
cas par cas (c'est le sens de la loi), et non d'une façon bureaucratique comme
on le constate aujourd'hui, notamment dans les grandes villes. Par ailleurs,
trop souvent, les parents se sentent ignorés par les CDES. Il faut donc que,
systématiquement, les CDES aillent de leur propre initiative vers les parents.
Enfin, un dépistage précoce des maladies qui touchent nos enfants détermine en
grande partie leur bonne intégration scolaire.
Conclusion
Les exemples d'intégrations réussies ne manquent pas mais ceux-ci doivent être
beaucoup plus nombreux encore.
Depuis que je participe à l'ARFG, je me rends compte que ma fille ne constitue
pas un cas isolé. Les malades atteints par les différentes pathologies
représentées au sein de l'AFRG sont en fait de plus en plus «nombreux à être
rares ». Cela doit donc nous inciter à nous occuper plus que jamais de ces
problèmes qui concernent la collectivité.
Morgane Sanso
présidente de AME - Soli Chromosome
Je suis la mère de deux enfants, Domiti, six ans, et Agnès, quatre ans.
Domiti est atteinte d'une maladie chromosomique rare, le syndrome de
Wolf-Hirschhorn. Celui se caractérise essentiellement par d'importants retards
de croissance. Les revues médicales spécialisées indiquent que cette maladie
donne lieu aux cas parmi les plus graves en termes de retard mental.
Domiti ne parle pas, ne marche pas, n'est pas propre et ne s'alimente pas seule
mais, paradoxalement, elle est une enfant pleine de vie, qui comprend tout ce
qu'on lui dit et a soif de communication.
Dès l'âge de six mois, Domiti a été prise en charge par le CAMS de Roubaix.
Malheureusement, tous les enfants n'ont pas la chance de bénéficier d'un
diagnostic aussi précoce. J'ai également souhaité que Domiti partage très tôt la
vie d'autres enfants. Pendant trois ans, à un rythme de plus en plus soutenu,
elle a ainsi fréquenté une halte-garderie « ordinaire ». Inutile de vous
préciser que, tout au long de cette période, je n'ai pu assumer une activité
professionnelle.
En septembre 1997, Domiti a rejoint une petite structure, La Marelle, qui
accueille des enfants handicapés et poly-handicapés. En effet, mon souhait a
toujours été d'orienter ma fille vers une structure spécialisée, ce qui me
semblait être la solution la plus simple. Erreur.
En fait, dès septembre 1996, j'ai dû commencer à chercher un établissement
approprié à la situation de Domiti. Les deux structures d'accueil que m'a
proposées dans un premier temps la CDES n'avaient pas de place libre avant
quatre ans et ne répondaient en rien aux attentes de ma fille. J'ai donc refusé
ces deux propositions. Ensuite, j'ai dû moi-même organiser mes recherches, la
CDES ne m'ayant jamais transmis de liste répertoriant les établissements adaptés
à la pathologie de Domiti. De plus, ce n'est qu'après plusieurs courriers que la
CDES a enfin accepté que ma fille soit accueillie par La Marelle.
Il est regrettable que l'on « dispatche » des enfants handicapés vers telle ou
telle structure, sans que l'on rencontre ceux-ci et leurs parents. En outre, les
structures adaptées à ces enfants font cruellement défaut. Il est anormal que,
pour cette raison, ces enfants restent cloîtrés chez eux et que leurs mères se
voient contraintes de sacrifier leur vie professionnelle, voire personnelle.
Aujourd'hui, des familles vivent un véritable cauchemar, faute de pouvoir être
soulagées et secondées.
Domiti pourra rester à la Marelle jusqu'en juillet 1999. Cela sous-entend que,
dès à présent, je dois effectuer de nouvelles recherches pour trouver une
structure qui l'accueillera après cette date. Pour ma part, le plus pénible à
accepter est de savoir que ma fille n'est pas dans un établissement qui lui
corresponde pleinement. Je tiens enfin à insister sur le fait qu'au quotidien,
les parents n'ont pas la vie facile. Dans ces conditions, devoir quémander pour
obtenir le simple respect de ses droits est un combat pénible et éreintant.
Le mouvement scout
Le scoutisme est un mouvement d'éducation qui intervient en complément de la
famille et de l'école. Il souhaite le développement de l'Homme et de tous les
hommes. Au niveau mondial, le scoutisme regroupe 25 millions de membres.
En France, on recense 80 associations de scouts. Cependant, seule une
fédération, les Scouts de France, qui rassemble six associations, est membre de
l'organisation mondiale du scoutisme.
La proposition Arc-en-Ciel
Depuis leur création en 1921, les Scouts de France ont toujours été attentifs
aux problèmes posés par le handicap, notamment en matière d'intégration.
Aujourd'hui, la proposition Arc-en-Ciel, en favorisant l'intégration des enfants
atteints d'une différence au sein des groupes qui constituent notre mouvement,
s'inscrit dans cette logique. Notre mouvement a ainsi la volonté de faire en
sorte que les enfants souffrant d'une déficience accèdent aux mêmes loisirs que
n'importe quel autre enfant. Nos groupes accueillent des enfants handicapés.
Mais, au delà, il me semble tout à fait envisageable que ces enfants, une fois
adultes, puissent devenir à leur tour des animateurs de notre mouvement. À
travers l'initiative Arc-en-Ciel, nous voulons également éduquer les enfants
valides et ceux atteints de handicap à vivre ensemble. En tant qu'animatrice de
cette initiative, je m'efforce de soutenir les animateurs dans la démarche
d'intégration et d'apaiser certaines de leurs craintes.
Cependant, le manque de formation des animateurs à ce type d'accueil constitue
un obstacle important. Le BAFA n'inclut aucun module qui serait obligatoire et
porterait sur l'intégration des enfants handicapés. Seule, l'UFCB organise des
formations allant dans ce sens. Au sein des Scouts de France, de telles
formations restent rares et l'accueil d'enfants handicapés dans nos groupes
relève souvent de la libre initiative des équipes concernées.
La participation des Scouts de France aux journées Nez Rouge
Les Scouts de France sont partenaires officiels des journées Nez Rouges.
En 1997, 150 groupes ont participé à cette campagne. Cette action a beaucoup plu
aux jeunes de nos groupes car elle revenait à aborder un sujet difficile et
important tout en s'amusant. En 1998, nous avons décidé d'aider nos groupes à
monter de véritables projets d'activité autour de cette action, en les mettant
en lien avec les volontaires de l'AFRG ou en les incitant à prendre contact avec
leur municipalité.
Les journées Nez Rouge représentent pour nous un moyen d'éduquer à la différence
les enfants dont nous avons la charge. Une telle éducation est primordiale afin
que les adultes de demain n'aient plus ce regard que la société actuelle porte
sur le handicap. Ces journées sont aussi une chance pour notre mouvement car,
dans ce cadre, l'AFRG nous accorde une subvention qui nous permet de favoriser
l'intégration de davantage d'enfants dans nos équipes.
Conclusion
Pour qu'elle réussisse, l'intégration des enfants doit s'effectuer le plus tôt
possible. Je pense néanmoins qu'il faut du temps pour faire évoluer certains
comportements mais que, dans ce sens, il ne faut pas hésiter à faire violence.
Pierre di Sciullo
L'intégration des enfants malades à l'école : les difficultés évoquées
par les enseignants
Dans mon intervention, j'ai le sentiment de ne pas avoir assez nettement dit à
quel point la plupart des enseignants font de leur mieux pour intégrer des
enfants malades ou handicapés dans leur classe. Faute de moyens, cette
intégration reste néanmoins difficile.
En effet, les effectifs des classes sont souvent trop lourds. Dans ces
conditions, les enseignants craignent de négliger l'enfant handicapé ou ses
condisciples. Ils évoquent également leur manque de formation en ce qui concerne
l'accueil de ces enfants. Ils ont parfois l'impression d'être isolés, de
supporter seuls le poids de cet accueil. On note aussi parmi eux une
méconnaissance du rôle des commissions d'éducation sociale et de leurs
secrétaires. En outre, ils redoutent d'être soumis à la pression des familles ou
des équipes médicales qui accompagnent les enfants. Une partie du personnel de
l'Éducation Nationale ne veut pas non plus être amenée à assumer une
responsabilité civile et morale en cas d'accident survenant à l'enfant.
L'expérience menée en Alsace par Le Chaînon Manquant
Pour faire face aux problèmes que je viens d'évoquer, plusieurs associations ont
pris diverses initiatives. Je rappelle qu'en Alsace, l'association Le Chaînon
Manquant met en place un centre de formation d'auxiliaires d'intégration
spécialisées. Dans ce cadre, 20 personnes seront ainsi formées cette année.
L'AFRG veut travailler avec les associations compétentes pour que cette
expérience puisse être étendue à l'ensemble de la France. C'est ainsi que nous
avons pris contact avec la FNASEPH qui fédère des initiatives locales ou
régionales. Cependant, nous ne devons pas chercher à compenser ainsi les lacunes
de l'Éducation Nationale mais plutôt à travailler de manière complémentaire avec
cette dernière.
de la salle
Selon moi, la présence des enfants handicapés à l'école, dans la mesure où elle
les met en contact avec les adultes de demain, peut fortement contribuer à
améliorer l'acceptation du handicap au sein de notre société.
Dans ce sens, ces enfants sont nos meilleurs ambassadeurs.
Je voudrais également signaler que l'absence d'auxiliaires d'intégration
spécialisées se fait particulièrement sentir au delà de l'enseignement primaire,
c'est-à-dire dans les collèges et lycées ou les universités. En la matière, le
besoin de personnes compétentes et formées est donc extrêmement fort. Enfin,
j'ajoute que l'APF ainsi qu'une association à Tours mènent un travail comparable
à celui du Chaînon Manquant.
PdS
Le travail des associations est essentiel mais l'État ne doit pas se décharger
sur celles-ci des responsabilités qui lui incombent.
de la salle
Par qui est financé le projet du Chaînon Manquant ?
PdS
Le financement de ce projet est complexe et associe différents partenaires.
Il est assumé en partie par les mairies, la DASS, la région, par le Ministère de
l'Emploi et des Affaires sociales et celui de la Santé. Ce projet fait également
appel à des emplois-jeunes. À terme, les mairies devraient apporter une part
plus importante à ce financement. De notre côté, cette initiative nous passionne
: nous avons la volonté d'y participer et de la soutenir.
de la salle
La situation en Alsace est quelque peu particulière puisque la Sécurité Sociale
y est excédentaire. De manière générale, il est donc très difficile de
transposer ailleurs en France des expériences menées dans cette région.
Néanmoins, nous faisons tous partie du même pays et devons étudier comment nous
pouvons étendre ce projet à toute la France.
En tant que mère d'un enfant handicapé, je constate que, depuis 25 ans, les
réponses apportées par l'Éducation Nationale aux problèmes posés par
l'intégration de ces enfants n'ont pas évolué. En particulier, la CDES est une
commission poussiéreuse et archaïque. J'estime que celle-ci doit comporter des
médecins compétents en la matière. De plus, les familles ne peuvent plus
accepter que l'on décide de l'avenir de leur enfant sans les consulter et en
méconnaissance de cause. Elles doivent donc être obligatoirement représentées au
sein des CDES.
Concernant la formation des instituteurs, je voudrais rappeler que, de notre
côté, nous avions proposé il y a une quinzaine d'années des séances de formation
aux élèves des Écoles Normales. Nous n'avions alors trouvé aucun candidat.
L'Éducation Nationale est aujourd'hui confrontée à de nombreux problèmes. Nous
devrons donc intensifier nos efforts pour nous faire entendre.
PdS
Pierre Olivier , Président du Chaînon Manquant, nous a annoncé qu'il
rencontrerait dans les prochains jours Madame Aubry. Nous espérons que cette
rencontre pourra aider à l'extension du projet. De plus, le Chaînon Manquant est
en contact avec des associations d'autres régions et vient de conclure un
partenariat stratégique avec l'AFRG pour promouvoir ensemble l'intégration
scolaire individualisée.
de la salle
Pour faire évoluer les choses, chaque famille, de manière individuelle, ne doit
pas hésiter à harceler les Pouvoirs Publics et à attirer l'attention des députés
sur les problèmes qu'elle rencontre. Je le redis : le mode de fonctionnement des
CDES est véritablement épouvantable. Je recommande donc aux parents concernés de
s'y rendre à plusieurs.
la présidente de l'Association du Névus géant congénital
Notre association conseille aux familles de déposer à la CDES une demande
d'allocation d'éducation spéciale (AES). Or les médecins présents à cette
Commission ne connaissent pas précisément une maladie comme le Névus géant.
Dans de telles conditions, dans certains départements, la CDES en arrive parfois
à refuser d'accorder l'AES à des enfants gravement atteints.
Enfin, les parents se plaignent souvent du fait que la CDES s'apparente pour eux
à un véritable tribunal. Il est donc important que des représentants
d'association les accompagnent dans ce type de démarches.
de la salle
Je vous rejoins pleinement. Je suis le père d'un enfant de quatre ans atteint de
leucodystrophie et j'ai constaté que le médecin présent au sein de la CDES
n'avait aucune connaissance en matière de maladies génétiques rares. Dans ces
conditions, je considère moi aussi qu'il est primordial que les parents
assistent aux réunions de la CDES. Je pense que cela peut permettre de faire
évoluer cette instance. Mon expérience me le prouve en ce qui concerne la
Sarthe.
Différentes solutions peuvent être mises en place afin de favoriser
l'intégration scolaire de nos enfants. Par exemple, de jeunes appelés qui se
destinent à devenir instituteurs peuvent accompagner ces enfants tout au long de
l'année scolaire.
Morgane Sanso
Dans mon cas, l'attribution de l'AES a aussi été un parcours du combattant. Ces
difficultés s'expliquent en grande partie par le fait que les maladies de nos
enfants ne sont pas toutes répertoriées dans la documentation des CDES. Je
suggère donc que ces maladies soient correctement recensées et décrites au
niveau des CDES.
une représentante de l'Association Les Enfants du Jardin (maladies
génétiques du métabolisme)
Ma fille est atteinte d'un déficit en OCT. Cette maladie ne se traduit pas par
des manifestations directement visibles. En raison de cette absence de symptômes
apparents, la CDES a refusé de reconnaître que mon enfant était malade et de
nous accorder l'AES. Pour les mêmes raisons, l'intégration scolaire de notre
fille s'avère particulièrement difficile. Ses camarades la rejettent car ils ont
du mal à accepter une différence qui ne se voit pas. À ce titre, le fait
d'appartenir à une association nous aide beaucoup car nous pouvons rencontrer
des parents confrontés aux mêmes problèmes.
Je déplore aussi que nous ne soyons pas toujours écoutés par les médecins.
Pour ma part, j'estime que, pour tout nouveau traitement appliqué à leur enfant,
les parents doivent impérativement être informés et consultés. Reste que les
médecins acceptent difficilement nos remarques et que nous entretenons avec eux
des rapports de force.
PdS
Les CDES suscitent de nombreuses critiques. Quelles propositions pouvons-nous
faire afin que les membres de ces commissions n'apparaissent plus à nos yeux
comme « des gens contre nous » ?
une représentante de l'APF
Je représente l'APF à la CDES du Val-de-Marne et j'ai également le sentiment que
cette instance ressemble parfois à un tribunal. La situation n'est cependant pas
aussi dramatique que cela a pu être dit. Je reconnais que le passage en CDES
peut être extrêmement douloureux pour les parents mais j'ai néanmoins le
sentiment qu'il y a dans ce cadre plus de dialogue qu'on ne le croit.
Concernant la formation des auxiliaires d'intégration, je confirme que l'APF
intervient dans ce domaine (à Marseille). Je ne suis pourtant pas convaincue que
le recours à ces auxiliaires soit une panacée. À l'école, la présence permanente
d'un adulte aux côtés d'un enfant peut le marginaliser.
Les associations doivent veiller à ne pas se substituer aux Pouvoirs Publics. Je
pense qu'elles peuvent en revanche jouer un rôle de médiation entre les parents
et l'École. Les enseignants, malgré leur bonne volonté, ont souvent peur de
commettre de graves impairs à l'occasion de l'accueil d'un enfant handicapé. Les
auxiliaires d'intégration peuvent également améliorer le dialogue entre les
familles et les enseignants.
Malheureusement, je déplore que, depuis quelques temps, l'intégration scolaire
de ces enfants se soit détériorée.
PdS
Comment expliquez-vous cette évolution ?
de la salle, la même personne
Les textes prônent une intégration tout azimut. D'une année à l'autre, les
enseignants peuvent être amenés à accueillir des enfants atteints de handicaps
très divers qui ne posent pas du tout les mêmes problèmes. Pour ma part,
j'organise dans certains IUFM des réunions d'information sur l'accueil des
handicapés moteurs et j'ai constaté que les enseignants sont très friands de ce
type de rencontres. Les associations ne doivent donc pas hésiter à se manifester
afin de proposer de telles réunions. Les parents, qui sont les mieux placés pour
connaître le quotidien de leur enfant, doivent également discuter et avec les
enseignants concernés.
JdS
Je vous remercie pour vos propos et souhaite souligner la qualité du travail
effectué par l'APF. Par ailleurs, je retiens de votre intervention l'idée selon
laquelle l'intégration scolaire individualisée n'est pas une panacée.
Pour les parents que nous sommes, celle-ci doit néanmoins être mise en oeuvre
chaque fois que cela est possible mais nous n'excluons pas pour autant toute
autre solution. Nous ne sous-estimons pas les difficultés que pose au milieu
enseignant l'intégration d'un enfant malade ou handicapé.
Comme vous le suggériez, une des priorités de l'AFRG consistera donc à mettre en
place dans les académies des actions de formation et de sensibilisation portant
sur ces questions. La collaboration avec le Chaînon Manquant est pour nous très
précieuse car les animateurs de cette association disposent d'un patrimoine de
savoir-faire dans ce domaine et ils acceptent de la partager avec nous.
À cette occasion, nous devrons tirer parti des savoir-faire qui, dans ce
domaine, peuvent déjà exister au sein d'autres associations.
de la salle
Mon fils handicapé a effectué jusqu'à l'âge de 16 ans sa scolarité dans un
centre. Il a pu ensuite être accueilli dans une école « ordinaire ». Il nous a
alors confié que son fauteuil roulant n'était dorénavant plus pour lui une
prison. Par ailleurs, lorsque mon mari, un jour de rentrée, a expliqué aux
camarades de mon fils la nature de son handicap, notre enfant a passé par la
suite une année scolaire formidable, au sein d'une classe extraordinairement
conviviale.
Monsieur Poncelin
L'intégration de nos enfants dans des structures de loisir est aussi extrêmement
importante. Par exemple, mon fils, atteint d'un handicap moteur et intellectuel,
fait partie d'une équipe de scoutisme d'un village de l'Essonne. Pour moi, le
meilleur moyen de favoriser l'intégration de nos enfants dans un milieu « normal
» consiste à dédramatiser la situation et à associer à cette démarche les
parents des autres enfants. Ainsi, avant que mon fils ne rejoigne son équipe de
scouts, j'ai réuni les parents des autres membres du groupe pour les informer
sur la maladie de mon enfant. De surcroît, ceux-ci ont ensuite fait pression
pour que mon fils fasse bel et bien partie du groupe.
Pour leur équilibre, il est également important que les parents aient des
loisirs. Dans ce sens, des bénévoles de la Fondation Claude Pompidou proposent
aux parents de s'occuper de leurs enfants le temps d'un week-end.
Ces mêmes bénévoles peuvent aussi accompagner de façon durable et régulière les
enfants malades ou handicapés dans des centres de loisir. Une telle association
mérite d'être encouragée par l'AFRG, d'autant plus qu'elle manque de
volontaires. La fondation Claude Pompidou peut être contactée à Paris au
01-40-13-75-00. Elle dispose d'autres antennes dans les principales villes
françaises.
Enfin, je voudrais poser une question concernant le nom même de votre
association. Est-ce que les maladies rares qui ne sont pas identifiées d'emblée
comme génétiques peuvent être prises en compte dans votre association ? Ou bien
l'AFRG se limite-t-elle aux maladies génétiques rares ?
JdS
En créant l'AFRG, nous avons essayé de trouver un territoire fédérateur commun.
Dans ce but, nous avons croisé deux notions importantes : celle de maladie
génétique et celle de maladie orpheline. Selon moi, nous avons cependant
vocation à nous ouvrir à l'ensemble des maladies orphelines, sachant que nous
entendons par là des pathologies qui concernent des populations restreintes et
qui sont souvent mal connues, oubliées et délaissées. Cette décision doit
néanmoins être validée par notre Conseil d'Administration.
Je voudrais également préciser les modalités d'adhésion des associations à
l'AFRG. Toute association intéressée doit m'adresser une demande d'adhésion
accompagnée de toute la documentation utile. Puis je prends contact avec les
représentants de cette association et nous étudions comment nous pouvons
travailler ensemble. Pour adhérer à l'AFRG, toute association doit être prête à
oeuvrer en commun avec d'autres associations ainsi qu'à participer aux journées
Nez Rouge. Je présente ensuite un rapport au Conseil d'Administration qui statue
sur l'adhésion.
Morgane Sanso
Il est également possible d'adhérer à l'AFRG même si l'on n'a pas encore
constitué d'association.
JdS
Nous ne nous plaignons pas d'un « trop-plein » d'associations de malades mais au
contraire d'un certain déficit en la matière. Nous essayons de favoriser la
création de ces associations. Nous avons notamment décidé d'autoriser des
adhésions à titre individuel dans le cas de pathologies rares pour lesquelles
n'existerait pas d'association de malades, notre but étant d'aider ces adhérents
à monter par la suite une telle association.
Cette aide passe en particulier par une mise en relation avec d'autres personnes
atteintes par les mêmes pathologies. C'est ce qui s'est produit pour Morgane
Sanso. Les journalistes à cette égard nous apportent une aide précieuse en
faisant connaître l'association.
MS
Avant de créer notre association en décembre 1997, je ne connaissais que trois
familles dont les enfants étaient atteints de la même maladie que ma fille.
Mais, aujourd'hui, notre association regroupe 15 familles.
Agnès Delacroix
Ma fille, Marie-Angélique, est atteinte de dicodiodystrophie, un syndrome qui
touche extrêmement peu de personnes. Je regrette que les professeurs que j'ai pu
rencontrer dans des hôpitaux comme Necker ou Rousseau ne nous aient apporté
aucun suivi psychologique. Ce n'est que très récemment que j'ai découvert
l'existence des centres médico-pédo-psychiatriques qui interviennent notamment
dans le domaine de l'orthophonie et aident les enfants en retard scolaire ou
psychomoteur tout en tenant compte de leur environnement familial.
Malheureusement, je dois reconnaître que ma fille ne pourra être admise dans un
tel centre que parce qu'elle bénéficie d'un passe-droit.
Par ailleurs, je voudrais me faire l'écho des propos du professeur qui suit ma
fille. Celui-ci déplore tout d'abord le gaspillage des fonds de l'État.
Il souhaiterait en outre que l'AFRG mène des actions de sensibilisation portant
sur l'importance de la recherche fondamentale.
Il m'a également fait remarquer que les chercheurs avaient tendance à ne
s'orienter que vers les sujets dont ils pouvaient espérer tirer un bénéfice
personnel.
Enfin, nous devons garder à l'esprit qu'un jour viendra où nos associations
n'auront plus de raison d'être car toutes les maladies qui nous réunissent
seront devenues guérissables.
JdS
Au sein de la Maison des Maladies Orphelines, une psychologue assure un service
d'écoute. Ce service n'est ouvert que certains jours dans la semaine mais nous
avons l'intention de le développer plus encore. Pour une prise en charge plus
longue, la psychologue qui intervient dans ce cadre peut orienter ses
interlocuteurs vers d'autres collègues. Le but qui sous-tend cette démarche
consiste en fait à mettre en place un réseau de psychologues.
De nombreux autres associations de malades mènent également des actions
analogues.
Nous parvenons à présent au terme de cette matinée d'échanges et je voudrais en
tirer quelques conclusions.
Tout d'abord, selon moi, la recherche dans un pays comme le nôtre est moins une
question d'argent que de volonté. À nous, associations de malades, de susciter
ces volontés. Par ailleurs, la bataille de la recherche se gagne sur le terrain
de la matière grise, de l'intelligence. Parmi les chercheurs, nous devons
susciter et accompagner des vocations sur nos maladies.
Notre action revêt en outre une dimension internationale. L'AFRG est en effet le
correspondant français de l'AEGS qui est la plus importante association
internationale de lutte contre les maladies génétiques. L'AEGS existe depuis 10
ans et effectue un travail de lobbying très efficace auprès du Parlement
européen, en particulier sur les médicaments orphelins, les problèmes d'éthique
et de mise en commun des bases de données d'ADN.
Plus que jamais, notre action s'appuie sur trois axes :
Anne Biraben
secrétaire générale de l'AFRG
Le thème de la parole et du soutien est un sujet difficile à aborder tant il
sous-entend de nombreuses souffrances. Trop souvent, les mots nous manquent pour
exprimer notre désarroi et nous ne savons pas toujours dans quelle mesure la
parole peut nous aider à rompre notre isolement. Le premier choc que chacun
connaît ici est celui de l'annonce de la maladie.
Certaines familles portent la maladie de l'un des leurs comme un lourd secret et
certains malades se sentent exclus au sein de leur propre entourage. À ce titre,
Madame Santos évoquera l'impact de la maladie sur la cellule familiale.
Parler et être écouté est souvent le premier pas contre l'enfermement. Dans ce
sens, la démarche associative permet des rencontres avec d'autres malades,
d'autres parents ainsi que la mise en commun des expériences de chacun. Elle
permet également de lutter pour l'épanouissement des personnes atteintes.
Monsieur Bouvet et Madame Curmi nous expliqueront plus en détail ce rôle des
associations.
Enfin, Madame Martin abordera le regard des autres sur les personnes malades
ainsi que la participation de celles-ci à la vie de la société.
Alain Bouvet
Responsable de la Maison des Maladies Orphelines
Pourquoi une Maison des Maladies Orphelines ?
Un fort besoin d'écoute
Il faut avoir été soi-même sur un lit d'hôpital pour comprendre ce qu'une autre
personne peut souffrir moralement et physiquement. À l'inverse, un grand
spécialiste délivrera une expertise approfondie mais ne saura pas trouver les
mots qu'il faut. Autrement dit, il n'y a pas de meilleur soutien pour un malade
qu'un autre malade.
Ce besoin d'écoute est particulièrement fort pour les patients atteints de
maladies rares. Selon l'OMS, il existe 5 000 maladies rares dont 80 % d'origine
génétique, alors que l'on ne recense qu'un peu moins d'une centaine
d'associations de santé en France. Dans ces conditions, beaucoup de personnes se
sentent seules. Il est donc nécessaire de créer un espace de solidarité pour les
personnes atteints de maladies orphelines et leur entourage. La création de
l'AFRG s'inspire de ce constat.
Les missions de la MMO
Grâce au soutien de notre partenaire, les laboratoires Biogalénique, et des
donateurs de la deuxième édition des jours du Nez Rouge, la Maison des Maladies
Orphelines (MMO) s'est ouverte en octobre 1997 dans le VIème Arrondissement de
Paris.
La MMO se veut un lieu associatif de rencontre, d'information et de
documentation pour les personnes atteintes de maladies orphelines et leurs
proches. La MMO doit être un lieu d'accueil convivial et détendu où des
personnes de différentes associations pourront se rencontrer pour échanger de
bonnes adresses ou simplement se détendre. Conçue comme un lieu d'entraide et de
services, la MMO a pour objectifs d'abriter et de représenter un grand nombre de
maladies orphelines.
Le bilan de la MMO
La MMO : un service d'information et d'orientation
Dans ce domaine, la MMO ne veut pas intervenir concurremment à d'autres
services mais de manière complémentaire. Dans ce sens, l'AFRG a décidé de me
recruter en ma qualité de généticien afin de répondre aux demandes d'information
à la carte.
Recueillir et analyser les informations, orienter les familles
Le besoin de savoir est vital pour les familles. Or le temps de pouvoir
recueillir et analyser les informations existantes leur manque cruellement. Il
me revient donc de me livrer à ce travail.
Il ne s'agit pas de ma part de dupliquer les bibliothèques médicales mais, à
partir de quelques livres, répertoires et catalogues, d'orienter les familles
vers les sources d'informations spécialisées, et ce dans un langage simple et
direct. Cette orientation se fait vers différentes associations, des
consultations médicales, des programmes de recherche (études de familles), des
bases de données Internet ou des renseignements téléphoniques. Nous pouvons
également fournir des adresses d'associations implantées à l'étranger.
Nos réponses
Nous proposons des réponses graduées et adaptées à chaque cas. Ces réponses
peuvent prendre la forme d'une proposition de rencontre ou de mise en relation
avec d'autres personnes.
Nous recherchons toujours la collaboration des médecins de ville et des services
spécialisés. Toute information que nous donnons est uniquement basée sur le
diagnostic déjà posé par le médecin traitant. Nous ne cherchons donc pas à nous
substituer aux médecins pour ce qui est de déterminer la cause d'une maladie. De
plus, même si nous pouvons orienter les personnes renseignées vers des
spécialistes, nous les incitons à discuter des informations que nous leur
fournissons avec leur médecin traitant qui doit rester leur premier
interlocuteur.
Une démarche qualitative
Pour nous, la qualité vaut mieux que la quantité. Depuis octobre 1997, date à
partir de laquelle j'assure ce service associatif d'information, de nouveaux cas
et des demandes restées auparavant sans réponse ont pu être traités. Les
questions qui nous étaient adressées ne concernaient pas seulement les maladies
fédérées par l'AFRG mais près d'une centaine d'autres cas.
Typologie des demandes que nous traitons
Depuis octobre 1997, nous avons résolu 146 cas qui recouvrent 112 pathologies
différentes. En 1998, la tendance d'une dizaine de nouveaux cas résolus par mois
semble se maintenir et s'accélérera bien sûr avec la vague de demandes suscitées
par la campagne nationale d'information de juin 1998 autour des journées Nez
Rouge. À ce titre, je signale que les demandes que nous traitons proviennent de
toute la France mais plus particulièrement des régions où nous avons mené les
actions d'information et de solidarité des journées Nez Rouge.
La plupart des personnes qui nous contactent sont touchées par des problèmes de
déformation du squelette, des problèmes neurologiques ou de maladies de peau qui
sont facilement identifiables. Nous traitons quelques demandes portant sur des
maladies doublement orphelines. Celles-ci sont non seulement très rares mais
aussi sans diagnostic précis, les médecins étant incapables d'identifier la
cause possible de la maladie.
La MMO : un lieu d'écoute et de solidarité
L'importance de l'écoute
Pour les malades et leur entourage, être écouté est extrêmement important et
procure un bien immense. Malheureusement, prendre le temps d'écouter est devenu
un luxe que ne peuvent s'offrir des médecins de plus en plus sollicités. C'est
pourquoi la MMO offre maintenant aux personnes intéressées une possibilité de
conversation téléphonique ou de rendez-vous. En fonction de leurs souhaits, ces
personnes peuvent ensuite être orientées. Ce service, assuré par une
psychologue, n'en est encore qu'à ses débuts et s'adapte à la personnalité de
ceux qui le consultent.
Des rencontres nécessaires
Il est prévu que les associations adhérentes puissent tenir des permanences à la
MMO ainsi que les réunions de leur Conseil d'Administration. En outre, des
groupes de discussion sont mis en place selon les souhaits des associations
membres de l'AFRG.
L'avenir de la MMO
Nos projets
Nous prévoyons de développer une documentation à destination des praticiens et
d'organiser des séminaires que nous espérons voir intégrés dans les programme de
formation continue suivis par les médecins.
Durant les cinq prochaines années, nous voulons également mettre en place un
véritable réseau de MMO dans les principales villes de France, afin d'être plus
proches encore des malades.
L'avenir de la MMO passe par les associations
La Maison des Maladies Orphelines est la vôtre. Elle vous est ouverte. Le
Président Lincoln affirmait : « un gouvernement démocratique vient du peuple,
par le peuple, pour le peuple. » Cette phrase s'applique bien à la MMO : c'est
en effet à vous de décider du futur de votre Maison !
UNE DEMANDE NATIONALE
Laurence Santos
vice-présidente de l'Association Française du Syndrome d'Angelman
Qu'est-ce que le syndrome d'Angelman ?
Je suis la maman d'Aurélie, 11 ans, et d'Antoine, 8 ans, atteint du syndrome
d'Angelman. Ce syndrome est causé par une micro-délétion du chromosome 15 (ou
disomie uniparentale). Il se caractérise par un retard global des acquisitions,
une hyperactivité constante, une ataxie (incoordination des mouvements
volontaires), une apraxie (incapacité à effectuer des mouvements volontaires
adaptés à chaque but) et des crises d'épilepsie dans 80 % des cas. Il
s'accompagne d'une quasi absence de parole et de troubles du sommeil qui
s'estompent avec l'âge.
Le choc du diagnostic
Les parents des enfants atteints de ce syndrome rencontrent généralement
d'énormes difficultés au cours de la longue quête qui mène au diagnostic de
cette maladie. Dans notre cas, nous avons souffert du manque de compréhension
des médecins devant notre acharnement à vouloir connaître la maladie qui
handicapait notre fils.
La découverte du handicap constitue un véritable traumatisme, long à surmonter.
Or aucun suivi psychologique ne nous a été suggéré. Plus grave : certains
couples de notre association éprouvent des difficultés durables qui peuvent
aboutir à une rupture. Grâce au soutien de nos deux familles et de nos amis,
notre cellule familiale a cependant pu se maintenir soudée.
Une vie de famille bouleversée
L'arrivée d'un enfant handicapé complexifie et révolutionne la vie familiale. Le
handicap constitue un obstacle majeur au temps libre et aux loisirs (notamment
en ce qui concerne l'organisation des vacances). Il n'y a plus de place pour
l'improvisation : tout est plus ou moins organisé autour de l'enfant handicapé,
au détriment parfois de la fratrie.
La prise en charge de l'enfant doit être assurée dès son lever.
Une vigilance de tous les instants est ensuite nécessaire et la fatigue nerveuse
s'installe. De notre côté, nous avons essayé de respecter au maximum
l'indépendance d'Aurélie et de préserver des moments qui lui sont exclusivement
destinés. Les relations entre Antoine et Aurélie, bien que parfois musclées,
sont très bonnes et chaleureuses. Aurélie ne semble ni jalouse, ni coupable du
handicap de son petit frère.
Le combat des parents
Antoine a trouvé une structure d'accueil grâce au combat mené par ses parents
face à la CDES. Je peux continuer à exercer ma profession.
Néanmoins, j'éprouve parfois un sentiment de culpabilité. De manière générale,
l'amour sublimé que les mamans portent à l'enfant handicapé les fait souffrir
encore davantage. À l'inverse, la démission des papas est fréquente.
S'informer
Après le choc du diagnostic, nous avons tout d'abord décidé de nous informer
très précisément sur la maladie de notre fils, son évolution et les éventuelles
méthodes de prise en charge éducative. Il était impératif d'entamer cette
démarche de notre propre fait puisqu'aucune aide ne nous était apportée dans ce
domaine.
Se rencontrer
C'est au travers de l'association du syndrome d'Angelman puis de l'AFRG que nous
avons trouvé un lieu de communication et de rencontre privilégié. Nous avons
alors découvert le sentiment d'isolement des familles touchées par les maladies
génétiques rares. Plus généralement, le désir d'être en relation avec d'autres
parents suppose une grande maturité des familles concernées, aboutissement d'un
parcours fait de révoltes et de souffrances.
Les revendications des parents
Fréquemment, les parents sont mal informés des droits de l'enfant handicapé et
des aides financières qu'ils peuvent obtenir (et qui varient fortement selon les
départements). En sus de ces aides, les familles revendiquent la prise en compte
des besoins spécifiques de leurs malades.
L'histoire de chaque famille est particulière. Mais elle est souvent marquée par
les douleurs et difficultés que ces familles rencontrent dans leur vie
quotidienne ou l'inquiétude qu'elles éprouvent quant à l'avenir de leurs enfants
ou de futures grossesses. Les parents se sont battus depuis une trentaine
d'années pour leur enfant handicapé mais sans évoquer leurs propres difficultés.
Il est donc temps de prendre en charge ces familles dans leur douloureux et
épuisant parcours.
Élisabeth Martin
Présidente de l'Association Française Ollier-Maffucci
Je suis atteinte de la maladie d'Ollier, une maladie qui touche les cartilages
et déforme les os tout au long de la croissance. Puis la maladie se stabilise et
l'on devient ce que j'appelle un adulte sculpté.
L'enfance
C'est à l'âge de deux ans que ma différence m'a arrachée à la sérénité. Même si
je garde peu de souvenirs de cette époque, j'admire mes parents (et
particulièrement ma mère) pour avoir su à la fois me préserver et me donner la
force de vivre comme un être « normal » et de ne pas avoir peur. Mes parents
m'ont accepté et, loin de faire de moi une recluse, m'ont projetée dans le
tourbillon de la vie.
Mes premières angoisses relatives au regard des autres ont coïncidé avec mon
entrée à la maternelle. Les questions sur ma différence - « Pourquoi t'es comme
ça ? » - ne manquèrent pas mais je mis toute ma fierté à garder le dessus, à ne
pas céder le moindre pouce de terrain à cette satanée différence qui voulait me
marginaliser. Avec le recul, je m'aperçois que, tout au long de cette période,
je me suis efforcée de me faire reconnaître pour ce que je suis et non pour ce
que je représente. Bien sûr, pour mon bien, on m'a privé de gymnastique ou
d'exercice physique ce qui, a posteriori, m'a donné une folle envie de me battre
et de rattraper le temps perdu.
L'adolescence
Longtemps, je ne me suis pas fait une raison de mon handicap. Jusqu'à l'âge de
26 ans, j'ai d'ailleurs refusé d'employer ce terme de handicap, préférant
utiliser celui de différence. À partir du collège, je n'ai cependant plus
rencontré de problèmes d'intégration majeurs, une telle situation étant
peut-être due au fait que ma famille vivait à la campagne.
Dans une société où le physique compte beaucoup, il m'a fallu néanmoins
apprendre à aimer mon corps. Un tel apprentissage s'avéra extrêmement difficile
à l'époque de mon adolescence. En effet, je n'imaginais pas qu'un garçon puisse
m'aimer telle que j'étais. Je souffrais également lorsque l'on me faisait
certaines réflexions : « C'est dommage que vous soyez comme ça. Sinon, vous êtes
mignonne .»
Dans ces conditions, je voulais changer mon corps. Mais, lorsque, pour cela,
s'est présentée l'opportunité d'une opération qui n'était cependant pas sans
risques, j'ai réalisé que mes motivations ne dépendaient en fait que du seul
regard des autres et que, si mon corps devait changer par le biais de cette
intervention chirurgicale, il ne serait dès lors plus tout à fait le mien.
J'ai donc refusé cette possibilité, m'apercevant que j'avais intégré mon
identité corporelle. Et depuis, j'aime à dire que je suis à la fois magnifique
et monstrueuse !
L'âge adulte
J'ai eu autant d'amoureux que mes copines. Mais souvent, je mettais moi-même un
terme à ces relations car il me semblait inconcevable que l'on puisse m'aimer
pour ce que j'étais. Heureusement, j'ai rencontré sur le chemin de ma vie des
gens formidables qui m'ont aidée à devenir ce que je suis aujourd'hui. Grâce à
eux, j'ai appris à reconnaître que mon corps était aussi désirable que celui de
n'importe quelle autre femme.
S'accepter, faire face au regard des autres n'est jamais une chose acquise.
Dans le cadre de ma relation avec l'homme qui partage ma vie, lors de la
naissance de mon enfant, j'ai parfois eu le sentiment d'opérer une régression. À
nouveau, j'ai dû me battre contre certaines idées reçues.
Ainsi, à propos de ma fille, me disait-on : « Cela ne va pas la traumatiser de
vous présenter à ses camarades ? ». En réalité, il n'en a rien été. Mes contacts
avec les camarades de ma fille m'ont en fait réconciliée avec le regard des
enfants dont j'avais jusque là gardé de mauvais souvenirs. Là encore, il est
possible que le fait que je vive en milieu rural n'y soit pas étranger.
Aujourd'hui, je considère ma différence avec sérénité. Ma vie professionnelle se
déroule sans encombres. Alors que j'exerce un métier qui comporte une forte
dimension relationnelle, ma différence ne m'a jamais valu de difficulté notable.
De plus, j'ai voulu rencontrer d'autres personnes atteintes de ma maladie.
Ainsi, par Internet, j'ai pu nouer des contacts avec des enfants présentant la
même pathologie. C'est donc à Charlotte, Julie, Clément et à tous ceux que je
rencontrerai que je dédie ces mots.
Conclusion
Mon objectif est aujourd'hui de venir en aide à ceux qui ont besoin d'exprimer
leur souffrance. Aux parents, je recommanderai de ne pas trop couver leurs
enfants mais au contraire de leur faire confiance, à eux comme à la vie.
Anne Curmi
coordinatrice, Maison Associative de la Santé de Rennes
La Maison Associative de la Santé de Rennes
La Maison Associative de la Santé (MAS) a été créée il y douze ans sous
l'impulsion d'un collectif associatif et de la municipalité de Rennes. Nous
sommes une association régie par la loi de 1901 et ne constituons donc pas un
service municipal. Jusqu'à la création récente de la MMO, la MAS était une
structure unique en France.
La MAS fédère et soutient actuellement 43 associations de personnes malades ou
handicapées. Ces associations sont le plus souvent des délégations
départementales ou régionales de fédérations nationales. Les pathologies
représentées sont extrêmement variées (mucoviscidose, handicap moteur, maladie
de Parkinson, épilepsie, sclérose en plaques, cancer...). Chaque association
présente à la MAS mène ses activités propres. Mais la MAS se veut aussi un lieu
d'information, d'échanges et de rencontres. Elle a également pour vocation de
favoriser la mise en place de projets inter associatifs en respectant depuis
1997 une démarche affirmée de santé publique.
Le rôle des associations de malades
Apporter un soutien moral
La maladie est souvent un facteur d'isolement, voire de culpabilité. Les
personnes malades souffrent notamment du regard des autres et subissent parfois
une réelle exclusion. Les associations de malades permettent à ces personnes de
s'exprimer et de pouvoir être écoutées. En partageant leur expérience, elles
peuvent ainsi dédramatiser leur maladie et relativiser leur souffrance. Elles
peuvent se faire reconnaître non plus en tant que malade mais comme être humain
à part entière.
Informer
En matière d'information, les associations interviennent auprès des malades, des
professionnels et du grand public. Les informations dispensées peuvent porter
sur certains services sociaux, généraux ou spécialisés, sur les questions liées
à l'accès aux soins, à l'intégration scolaire ou en structure de loisir. Elles
peuvent aussi concerner certains aspects juridiques ou l'évolution des
traitements disponibles. Les membres des associations deviennent de véritables
informateurs médicaux ou sociaux. Dans le cas des maladies orphelines, ce savoir
profane doit à mon sens être particulièrement pris en compte par le milieu
médical.
Créer une identité collective
La création d'une association peut favoriser la reconnaissance identitaire d'un
groupe soudé par un même problème de santé. Cette identité se veut positive et
repose avant tout sur la solidarité et l'entraide. Même si cette identité est
basée sur des aspirations individuelles, l'association ainsi créée pourra porter
collectivement ces revendications et agir en groupe de pression.
Un rôle incontournable ?
Le rôle des associations n'est pas obligatoirement incontournable. En effet,
certaines personnes ne souhaitent pas avoir recours aux services d'une
association de malades. Certaines d'entre elles ne souhaitent pas s'identifier à
d'autres qui sont atteints du même mal. Elles redoutent d'être confrontées à une
image qui reste pour elles négative. En côtoyant des individus parvenus à un
stade plus avancé de leur maladie, elles craignent aussi de découvrir ce que
pourrait être leur avenir.
Comment la MAS peut-elle aider les associations adhérentes ?
Un lieu de parole
La MAS est tout d'abord un lieu où les associations peuvent mettre en place des
groupes de parole au sein desquels les malades ou leurs familles peuvent
échanger leurs témoignages. D'ores et déjà, onze associations organisent ce type
de rencontres au sein de la MAS.
Un support des associations, notamment auprès de partenaires institutionnels
La MAS a également vocation à mieux faire connaître les associations, que cela
soit auprès des médias, des professionnels socio-sanitaires ou des partenaires
institutionnels.
Aujourd'hui, la MAS est reconnue à part entière par les institutions de notre
région et participe notamment à des programmes régionaux de santé.
Dans le même ordre d'idées, la MAS pourrait se faire au niveau régional le
relais des associations intervenant dans le domaine des maladies génétiques
orphelines.
La MAS collabore en outre avec des établissements hospitaliers. Par exemple, en
lien avec le CHRU de Rennes, nous menons une réflexion sur la création d'un
nouveau métier, celui de correspondant santé, la mission de ce dernier
consistant à faciliter la réinsertion des personnes malades à la sortie de leur
hospitalisation. Dans ce cadre, la MAS pourrait jouer un rôle de médiation entre
ces personnes et leur environnement (social, scolaire...) et, à leur demande,
pourrait mettre les familles concernées en relation avec des associations.
Des projets inter associatifs
La MAS s'efforce de mettre en place des projets inter associatifs et de susciter
une réelle solidarité ainsi que des échanges d'expériences parmi les
associations. Dans ce cadre, nous avons par exemple conduit une étude
qualitative sur l'annonce de la maladie et du handicap. De même, nous avons mené
une enquête sur les conditions d'hospitalisation des personnes malades.
Le plus important à nos yeux est de faire en sorte que les associations
regroupées au sein de la MAS soient connues et reconnues. Pour ce faire, nous
organisons avant tout des actions qui interpellent l'opinion et attirent
l'attention du grand public sur de telles associations.
Anne Biraben
Votre intervention est intéressante car elle montre que nous partageons les
mêmes modes d'action et préoccupations. Au delà de nos particularités, nous
avons le même credo : l'union fait la force !
Vous avez proposé que la MAS se fasse à Rennes le relais de la MMO. Je souhaite
ardemment qu'ensemble, nous étudions plus avant cette proposition.
Marie-Christine Blondeau ,psychologue,
La nature de mes interventions
Mon travail consiste à assister les familles avant et après l'annonce du
diagnostic. Je précise que ce poste n'a été créé que par la volonté des familles
et des patients. Trois jours par semaine, je travaille auprès de l'hôpital
Saint-Vincent-de-Paul dont un des services accueille des enfants atteints de
leucodystrophies. Les deux autres jours, j'assume une permanence téléphonique
grâce à laquelle je suis en contact avec des familles réparties sur toute la
France.
L'objectif premier d'une psychologue intégrée au sein d'un service hospitalier
est de faire en sorte que son rôle ne soit pas celui d'une simple auxiliaire de
médecine mais celui d'une professionnelle à part entière. Dans un milieu où
s'exercent nombre de relations de pouvoir, le psychologue peut offrir une
véritable relation d'aide aux patients et à leurs parents, assume leur suivi
psychoaffectif, en permettant notamment l'expression de la souffrance par le
biais de la parole et de la verbalisation des émotions.
Les problèmes posés par le diagnostic des leucodystrophies
Un diagnostic mortel et donc traumatisant
Les leucodystrophies se traduisent initialement par des troubles de la
compréhension intellectuelle, de la mémoire, de la marche et de l'équilibre.
En deux à trois ans, les enfants atteints sombrent ensuite dans un état
végétatif qui s'avère mortel. 160 cas sont recensés en France chaque année.
Malheureusement, le diagnostic de cette maladie est souvent trop tardif. Les
familles concernées arrivent à l'hôpital avec souvent derrière elles un parcours
long et douloureux.
Par ailleurs, la révélation d'un diagnostic sévère, mortel remet en cause la
toute-puissance des médecins qui en éprouvent un sentiment d'échec. Les parents
n'admettent que difficilement une telle situation. Les enfants touchés vivent
leur maladie comme une rupture traumatique. Face à une telle annonce, chacun
souffre à sa manière. De surcroît, la souffrance est une expérience tellement
intime que l'on ne comprend jamais vraiment celui qui souffre.
Comment agir ?
Un travail de réflexion de la part du médecin pour rendre l'annonce du
diagnostic la moins intolérable possible est sans aucun doute appréciable.
Avant le diagnostic, en favorisant l'installation d'un sentiment de sécurité, on
peut également permettre aux familles et aux patients de mieux exprimer leurs
angoisses et leurs attentes.
De même, après le diagnostic, le psychologue donne à ceux qui souffrent la
possibilité de parler, d'être écoutés et compris. Il les aide, les apaise, leur
suggère des moyens d'affronter la réalité de la maladie. Il fait en sorte que la
souffrance des malades et de leur entourage soit prise au sérieux. Il prête une
véritable et sincère attention aux patients. Il leur donne l'appui et la force
de marcher vers un but. Il leur permet d'être pris en compte pour ce qu'ils
sont, vivent et ressentent.
Une prise en charge lourde et complexe
Les leucodystrophies sont liées au chromosome X et sont donc transmises par la
mère qui, partant de là, éprouve un sentiment de culpabilité. De surcroît, il
n'est pas rare que plusieurs cas apparaissent au sein d'une même famille. Cette
maladie représente également pour l'enfant et sa famille une forte atteinte
narcissique. En outre, l'enfant connaît de très vives angoisses car il est
conscient de la perte de ses capacités. À voir leur enfant ainsi diminué, les
parents doivent faire un premier deuil, celui de l'enfant d'avant la maladie.
Le psychologue amène l'enfant à exprimer ses sentiments profonds sur sa maladie,
sur son entourage, à parler de sa propre existence, de la vision intime qu'il a
de son monde environnant. Dans son soutien aux familles, le psychologue apporte
un autre regard que celui du corps médical, une autre écoute. Il offre un réel
support émotionnel en accueillant leurs effusions, leurs souffrances et en
facilitant l'expression de leurs sentiments. Il doit se montrer extrêmement
disponible et proposer un véritable espace de parole et d'écoute.
Je conclurai par une citation de Bruno Bettelheim : « Ce dont on ne peut parler,
c'est aussi ce qu'on ne peut apaiser. Et si on ne l'apaise pas, les blessures
continuent à s'ulcérer. »
de la salle
Mon intervention s'adresse à Élisabeth Martin. Je suis moi aussi atteinte d'une
maladie génétique rare, dont les symptômes n'apparaissent qu'au niveau du
visage. Souvent en butte aux moqueries, j'ai vécu une jeunesse difficile.
Même si on affecte de ne pas en tenir compte, le regard des autres reste en
effet primordial. Pour ma part, je vous admire pour l'attitude que vous avez
adoptée face à ce regard et suis de tout coeur avec vous.
le président de l'Association Française pour l'Hémiplégie Alternante
Je voudrais revenir sur les réticences que montrent certaines familles ou
certains médecins à faire adhérer d'autres parents à des associations de malades
ou à susciter des rencontres entre familles.
Dans le cas de l'hémiplégie alternante, l'évolution de la maladie peut être très
différente d'un enfant à l'autre. Certains médecins redoutent donc que les
parents ayant des enfants en bas âge, en côtoyant des familles dont les enfants
sont plus âgés, dressent des parallèles abusifs entre les situations respectives
de leurs malades et, partant de là, se fassent certaines illusions.
Laurence Santos
Pour les parents, rencontrer dans un cadre associatif d'autres familles,
d'autres malades atteints du même mal que leur enfant peut effectivement être
traumatisant. En découvrant des enfants plus âgés, certains parents en
conçoivent un véritable choc, alors qu'en s'adressant à une association, ils
cherchaient avant tout un soutien. Les associations doivent donc être attentives
à ce type de problèmes et formaliser des protocoles d'accueil de leurs nouveaux
adhérents.
Martine Grandin, présidente de l'Association pour l'Ostéogénèse Imparfaite
Pour les parents, la première rencontre avec d'autres malades est souvent
difficile à vivre. Mais je pense aussi que les échanges entre familles peuvent
ensuite représenter un soutien très important. Dans le cadre de notre
association, nous avons mis en place des ateliers d'accueil destinés aux
nouveaux adhérants et essayons de faire en sorte que ceux-ci soient entourés par
nos correspondants régionaux.
Je voudrais également souligner le fait que, concernant les parents, se tourner
vers une association suppose qu'ils aient préalablement développé une certaine
maturité vis-à-vis de la maladie de leur enfants.
Par ailleurs, je crois qu'il est nécessaire que les familles bénéficient d'un
accompagnement psychologique qui ne se limite pas au seul moment de l'annonce du
diagnostic. L'homme, par nature, est en effet optimiste et certains parents
n'acceptent pas la réalité douloureuse et parfois définitive qu'exprime le
diagnostic porté sur leur enfant. Ce besoin d'accompagnement psychologique est
particulièrement fort pour la fratrie de l'enfant malade.
la présidente de l'Association du Névus géant congénital
Ma fille est atteinte depuis la naissance d'un naevus géant congénital. Les
médecins, lorsqu'ils ont posé leur diagnostic, nous ont affirmé qu'il s'agissait
là d'un cas unique au monde, ne nous laissant aucun espoir sur l'avenir de notre
enfant. En fait, trois mois après, nous avons découvert une structure, l'hôpital
Necker, où notre fille pouvait être soignée. Nous avons alors appris qu'il
existait d'autres familles dont les enfants souffraient du même mal que notre
fille. Partant de là, j'ai voulu créer une association mais, pour cela, je n'ai
trouvé quasiment aucun soutien parmi les médecins. Même après sa création,
ceux-ci ont rarement accepté d'en donner les coordonnées à d'autres parents. Or
j'ai rencontré certaines mamans qui se sont littéralement effondrées en
apprenant que leur enfant aurait pu être correctement soigné si on les avait
informés de l'existence de certaines structures.
Notre association a aujourd'hui identifié plusieurs centaines de ces cas
soi-disant uniques au monde. Il est certes important que les familles se
regroupent mais, de notre côté, nous préférons que l'adhésion à notre
association se fasse à la libre initiative des parents. Nous ne faisons pas de «
racolage ». Enfin, je le réaffirme : il me semble insensé de constater qu'à
notre époque, des médecins ignorent certaines pathologies ou que, lorsqu'ils les
connaissent, ils n'orientent pas les familles vers les structures de soins et
les associations adéquates.
Anne Biraben
Je pense néanmoins que l'attitude des médecins a favorablement évolué. Par
exemple, du fait que les maladies génétiques sont souvent multi-factorielles et
font donc appel aux compétences de plusieurs praticiens, nous sommes moins
confrontés à des problèmes de mandarinat. De plus, les médecins savent qu'ils
ont besoin de nous, notamment quand ils veulent entreprendre des travaux de
recherche clinique.
La formule par laquelle vous avez évoqué ces centaines de cas « uniques au monde
» est particulièrement frappante. De notre côté, nous avons souvent constaté que
la création de certaines associations portant sur des cas uniques faisaient
apparaître qu'il existait en fait des dizaines de situations analogues.
la présidente de l'ANGC
Je précise que notre association s'est créée en 1995. Depuis, les médecins ont
heureusement commencé à nous rejoindre et notre comité scientifique s'étoffe.
Nous favorisons également les rencontres entre praticiens et familles en dehors
du lieu d'hospitalisation. De telles initiatives facilitent les discussions et
les échanges, permettent de faire évoluer le regard des médecins sur les malades
et leurs familles. À ce titre, elles sont donc très appréciées par les
praticiens.
monsieur Monet, membre de l'Association Les Enfants du Jardin
Je suis le père d'une fillette de cinq ans atteinte d'une maladie métabolique
qui ne présente pas de symptômes visibles. En fait, quand Cindy absorbe des
protéines, elle peut tomber dans le coma et en garder des séquelles très graves.
Elle souffre également de certains carences.
Lorsque j'ai voulu inscrire ma fille dans une école « ordinaire », la Directrice
et l'institutrice concernées ont voulu prévoir pour elle un contrat
d'intégration qui, selon moi, n'avait pas de raison d'être et que j'ai refusé.
Suite à ce refus, les enseignants ont organisé une pétition où elles déclaraient
décliner toute responsabilité dans le cas où mon enfant absorberait des aliments
à l'école. Je n'ai pas cédé, j'ai au contraire fait pression pour que ma fille
soit normalement accueillie. Aujourd'hui, Cindy est en moyenne section et a su
très bien s'adapter à l'école.
Selon moi, le personnel scolaire a généralement peur de la différence et des
responsabilités qui entourent l'accueil d'un enfant différent.
Marie-Odile Bulk, Association Européenne des Leucodystrophies
Ma fille Alexia, atteinte de leucodystrophie, a commencé à être suivie par un
CAMS alors que le diagnostic n'avait pas encore été établi. Lors de l'annonce du
diagnostic (qui condamne pour l'instant notre enfant), nous avons bénéficié d'un
soutien psychologique véritablement extraordinaire de la part de l'équipe du
CAMS.
Faute de budgets suffisants pour employer à plein temps une kinésithérapeute, le
CAMS a recours aux services d'une kinée libérale. Celle-ci m'a indiqué que les
kinésithérapeutes libéraux ne suivent pas de formation spécifique aux
pathologies des enfants car on estime qu'ils n'auront pas à intervenir au cours
de leur carrière sur ce type de cas. Or la présence de cette kinée au CAMS
dément cette appréciation. J'ai donc décidé de faire des interventions en école
de kinésithérapeutes sur les leucodystrophies.
Pour les parents qui désireraient « souffler » pendant quelques jours, je
signale l'existence d'un institut spécialisé médicalisé, La Fougeraie, installé
à Saint-Didier en Mont-d'Or, près de Lyon. Cet institut propose un accueil
remarquable aux enfants et les frais afférents sont entièrement pris en charge.
La liste d'attente est malheureusement assez longue.
Enfin, je voudrais dire quelques mots sur le regard des autres. En fait, à
prendre conscience de ce regard, je suis extrêmement fière car il me prouve que
notre petite fille, dont nous ne savons pas combien de temps elle restera à nos
côtés, est encore avec nous.
Morgane Sanso
Nos familles (grands-parents, oncles et tantes...), même si elles entourent nos
enfants d'une grande affection, sont souvent réticentes à les accueillir le
temps d'un week-end. Je souhaiterais donc rencontrer des parents qui, durant un
week-end, seraient disposées à recevoir chez eux des enfants handicapés.
Réciproquement, je suis tout à fait prête à en faire de même. Il serait
intéressant selon moi d'organiser ce type d'échanges de services.
débat avec la salle et vote
Jean di Sciullo
Aux cinq points que nous vous proposons d'inclure dans notre Charte et qui vous
ont été déjà communiqués, je crois au vu de nos débats qu'il convient d'ores et
déjà d'ajouter une sixième orientation : il s'agit de l'intégration des maladies
orphelines dans la nomenclature des maladies prises en charge à 100 % par la
Sécurité Sociale.
De votre côté, souhaitez-vous inclure d'autres points dans la Charte qui sera
ensuite soumise au vote ?
Anne Curmi
Comment l'AFRG fera-t-elle en sorte que les associations de maladies orphelines
puissent siéger aux conseils d'administration des hôpitaux, sachant que les
administrateurs, élus pour trois ans, ont déjà été désignés ?
JdS
Lors des élections des membres de ces conseils d'administration, personne n'a
jugé bon de nous consulter ou de nous proposer d'être présents à ces élections.
Une telle situation est regrettable. Nous voulons plus de pluralisme.
Monsieur Leguidois, Association ARHEPAN-Paris
Notre association, qui existe depuis cinq ans, conduit plusieurs travaux.
Elle a tout d'abord mené une enquête sociale tant sur la population des enfants
que celle des adultes. De plus, elle s'est penchée sur les dysfonctionnements
administratifs de la Cotorep, notamment en termes de niveaux de remboursement.
Il serait souhaitable que nous vous transmettions les résultats de cette
analyse. Je crois aussi que l'accompagnement social des familles (qui peuvent
par exemple être confrontées à la perte de leur emploi) devrait être prévu dans
la Charte.
JdS
Je pense que nous pouvons intégrer cette remarque dans notre Charte sous
l'intitulé suivant : une meilleure prise en charge des maladies orphelines par
la Sécurité Sociale (en particulier, frais de transport des malades,
appareillage...).
la présidente de l'Association Névus géant congénital
La première proposition faite par la Charte devrait porter sur la reconnaissance
des maladies orphelines et sur un égal accès aux soins pour tous, et ce en
quelque point que cela soit du territoire français. Nous devons notamment abolir
certaines frontières départementales en matière de santé. Aujourd'hui, au niveau
des Caisses de Sécurité Sociale, chaque médecin-conseil agit trop selon son bon
vouloir. D'un département à l'autre, la prise en charge des frais inhérents aux
soins apportés aux enfants peut donc varier du tout au tout et engendrer des
inégalités aberrantes.
une représentante de l'Association Huntington France
Les disparités de remboursement qui viennent d'être évoquées renvoient en fait à
des problèmes régionaux. Il faut donc que les maladies orphelines soient
reconnues au niveau national et que ces différences régionales n'existent plus.
En Midi-Pyrénées, une personne atteinte de la chorée d'Huntington en phase III
se voit reconnaître au maximum un taux d'invalidité de 49 %. Dans ces
conditions, cette personne ne peut bénéficier de l'allocation d'autonomie et de
la tierce personne. On en arrive alors à des situations aberrantes. De jeunes
gens sont ainsi accueillis par des structures psychiatriques d'un coût
journalier de 2 000 francs, alors que l'on pourrait les maintenir chez eux avec
une tierce personne pour 2 600 francs par mois.
JdS
Suite à ces différentes remarques, je propose que le premier point de notre
Charte se présente comme suit :
· la reconnaissance au niveau national des maladies orphelines : affirmation du
principe de l'égalité pour tous de l'accès aux soins (abolir les frontières
départementales et régionales en matière de santé).
En outre, la dernière remarque qui vient d'être faite sur les modes de prises en
charge peut donner matière à un point supplémentaire :
· droit au choix pour l'adulte malade de son mode de prise en charge (maintien à
domicile ou institution spécialisée).
de la salle
J'estime nécessaire de mettre en place une Commission paritaire spécifique aux
maladies orphelines. Intégrant des représentants d'associations de malades, elle
serait la référence nationale en ce qui concerne les problèmes de Sécurité
Sociale ou de Cotorep
JdS
Nous intégrons cette suggestion dans notre Charte : création d'une Commission
paritaire spécifique aux maladies orphelines.
monsieur Limonier, vice-président de l'Association Connaître les syndromes
cérébelleux
Quelles sont les relations de l'AFRG avec Allo-gène ? Cette question est en
rapport avec la création d'un réseau national de Maisons des Maladies orphelines
et la formation des médecins à ces maladies (deux points de la Charte).
JdS
Allo-gène est un service d'information animé par des médecins alors que la
Maison des Maladies orphelines est un lieu de rencontres et d'entraide géré par
des associations de malades. Nous sommes donc dans des logiques tout à fait
différentes. Chaque association est estimable ; chacune doit intervenir à sa
manière, selon sa propre sensibilité.
la présidente de l'ANGC
J'ai parfois l'occasion de rencontrer des représentants d'autres associations et
j'estime que ces échanges sont toujours très enrichissants.
Dans l'intérêt de tous, nous devons chercher à nous fédérer et à unir nos
efforts.
Martine Grandin, présidente de l'Association pour l'Ostéogénèse Imparfaite
C'est là notre souhait le plus cher. En ce qui concerne l'AFRG, et comme vous
pouvez le constater dans le déroulement de ces assises, nous agissons dans un
esprit d'ouverture aux autres et en tenant compte de l'indispensable pluralisme
associatif.
JdS
J'ai déjà eu l'occasion d'affirmer que nous ne sommes pas menacés par un
trop-plein d'associations mais plutôt par un déficit en la matière. L'AFRG est
une fédération nationale d'associations de malades. Nous avons vocation à
travailler en complémentarité.
Plus généralement, pour moi, les mots-clefs qui doivent qualifier nos relations
avec toutes les autres associations concernées sont les suivants :
complémentarité, respect, pluralisme, transparence et démocratie.
monsieur Monet
J'ai dû me battre pendant deux ans afin que ma fille puisse avoir accès au
service spécialisé du Professeur Saudubray à l'hôpital Necker. Avant que je ne
parvienne à ce résultat, mon enfant aura malheureusement souffert. Il serait
donc souhaitable que les enfants atteints de telles maladies soient directement
orientés vers des centres spécialisés.
JdS
C'est un point extrêmement important qui doit impérativement figurer dans notre
Charte.
de la salle
La remarque qui vient d'être faite implique que soit abolie cette loi ridicule
qui oblige le patient à s'adresser au centre de soins le plus proche de son
domicile.
monsieur Monet
Pour que le patient soit traité dans un hôpital autre que celui le plus proche
de son domicile, le médecin de ce dernier établissement doit se déclarer
incompétent.
de la salle
C'est précisément là le problème. Les médecins n'osent pas s'avouer
incompétents.
de la salle
En fait, il faut supprimer la sectorisation des hôpitaux.
JdS
Je vous propose d'inclure ces différentes remarques dans notre Charte, et ce de
la manière suivante : mise en place pour chaque maladie de centres d'expertise
multidisciplinaires de référence, et ce au niveau national (suppression de la
sectorisation pour ces pathologies).
de la salle
Je souhaite ajouter mon témoignage sur ce thème. On a voulu diriger mon fils
vers l'hôpital le plus proche. Il a en fait subi six opérations inutiles, la
personne qui l'a opéré n'étant pas compétente pour traiter son cas.
Lorsqu'enfin, j'ai pu m'adresser au spécialiste adéquat, celui-ci a dû d'abord
corriger les erreurs effectuées lors des six précédentes interventions avant de
commencer son propre travail.
de la salle
Dans certaines pathologies, il est de surcroît impossible de réopérer.
Certains enfants ont servi de cobaye et sont abîmés à vie. C'est une horreur !
De tels drames s'expliquent par le manque d'information des parents, qui,
parfois, sont désemparés et baissent les bras.
de la salle
Il faut donner aux parents les moyens financiers de faire soigner correctement
leurs enfants. Ils doivent notamment avoir la possibilité de prendre des congés
parentaux afin de mieux accompagner leurs enfants au quotidien.
de la salle
Il y a déjà quatre ans, Madame Veil affirmait qu'aucune raison ne justifiait que
les congés parentaux ne soient pas également accordés aux parents d'enfants
handicapés. La loi afférente a été signée sous le gouvernement Juppé mais nous
en attendons encore les décrets d'application. Je crois qu'il faut réactualiser
la loi de 1994 sur les congés parentaux.
de la salle
L'attribution des congés parentaux concerne le troisième enfant et elle est
régie par les régions qui accordent ces congés en fonction de leurs ressources
financières, celles-ci pouvant varier fortement d'une région à l'autre.
de la salle
La Charte de l'enfant hospitalisé prévoit que l'enfant doit être accompagné par
l'un de ses parents. Il reste cependant à donner à ces parents les moyens de le
faire, et ce sans perte de salaire. Par exemple, les frais de garde des frères
et soeurs de l'enfant devraient également être remboursés.
Plus généralement, nous devons avoir les moyens financiers de soigner nos
enfants.
de la salle
Une étude a été menée sur l'impact que pouvait avoir sur l'emploi du temps de sa
maman la prise en charge d'un enfant atteint de la mucoviscidose. Des travaux
comparables et spécifiques à chacune des maladies que nous représentons doivent
être conduits. D'ailleurs, cette question fait partie des thèmes d'étude
proposés aux récipiendaires des bourses de recherche que nous avons décidé
d'attribuer. Reste néanmoins à espérer que ce sujet saura intéresser les
chercheurs.
Je crois que nous pouvons synthétiser ainsi les remarques liées aux congés
parentaux : droit au congé parental ou sabbatique pour les soins aux enfants
lourdement handicapés (adaptation de la loi de 1994 sur les congés de parentaux
pour les causes de maladie) - développement de programmes de recherche sur
l'impact des malades orphelines sur l'emploi du temps des familles.
Par ailleurs, ce matin, une personne parmi nous a exprimé le souhait que les
parents des malades soient tenus informés des dernières avancées de la science
dans le domaine qui les concerne. Comment pouvons-nous intégrer cette exigence
dans notre Charte ?
de la salle
Les parents doivent être informés des traitements que les médecins prévoient
d'appliquer à leurs enfants. Leur accord doit également être sollicité.
de la salle
Le droit à l'accès aux informations est inscrit dans la Charte du patient
hospitalisé.
Pierre di Sciullo
Effectivement, ce droit existe mais il reste à le faire appliquer dans les
faits. Les parents peuvent notamment s'opposer à tel ou tel geste médical sur la
personne de leur enfant.
de la salle
Dans mon cas, je suis contrainte de signer une décharge à l'entrée de mon enfant
à l'hôpital. Celle-ci précise que je donne mon accord au médecin pour que
celui-ci pratique les opérations ou traitements de son choix. Si je ne la signe
pas, mon enfant n'est pas acceptée dans l'établissement de soins.
Nous n'avons de fait d'autre choix que de signer ce document.
PdS
Le droit à l'information et au consentement existe dans les textes ; c'est
pourquoi il n'est pas nécessaire selon moi de l'inclure dans notre Charte.
de la salle
Je fais partie de la commission ministérielle sur le consentement. Dans ce
cadre, j'ai participé il y une dizaine de jours à une réunion sur ce thème au
Ministère de la Santé. J'ajoute que les résultats des travaux de cette
commission seront à votre disposition dans deux mois.
JdS
Cette réunion s'est avérée très intéressante et nous avons grandement apprécié
le fait d'y être associés.
Sous réserve que cette exigence ne fasse pas déjà partie de la Charte de
l'Enfant hospitalisé, je propose d'intégrer dans notre Charte le point suivant :
exercice effectif du droit à l'information et au consentement des parents sur le
traitement de leurs enfants.
Souhaitez-vous ajouter d'autres points à notre Charte ?
PdS
La Charte doit faire référence à la nécessité d'un inventaire par l'Éducation
Nationale des écoles et de leurs équipements en vue d'une meilleure intégration
des enfants malades et handicapés.
de la salle
En Alsace, l'APF a été sollicitée par le rectorat afin de mener le recensement
des écoles susceptibles d'accueillir des handicapés. Les bénévoles de l'APF
s'attellent à cette tâche. De son côté, le rectorat n'a pas les moyens
d'effectuer ce travail.
PdS
Ce point se présentera ainsi dans notre Charte : inventaire par l'Éducation
Nationale des écoles et de leurs équipements pour une meilleure intégration des
enfants malades et handicapés (extension au niveau national de
l'expérience-pilote menée en Alsace).
Je pense également que notre Charte devrait inclure une référence à une
meilleure formation des Directeurs d'école et des enseignants à l'intégration
des enfants malades ou handicapés. Cette formation devrait en particulier avoir
lieu au niveau des IUFM. Les enseignants doivent ainsi savoir qu'il existe des
formes de pédagogie adaptées à ces enfants.
de la salle
Toutes les inspections académiques reçoivent une revue spécialisée qui s'appelle
« Réadaptation ». Nous devrions mener une démarche systématique pour que toutes
les pathologies que représente l'AFRG y figurent.
Laurence Santos
Il faut également améliorer la connaissance que les médecins présents dans les
CDES peuvent avoir des maladies orphelines.
madame Violet
Je fais partie d'une CCPE (Commission de circonscription préélémentaire et
élémentaire). Ce type de commissions intervient en amont de la CDES. En effet,
le dossier qui, pour chaque enfant malade ou handicapé, est présenté à la CDES
est d'abord réalisé dans le cadre de la CCPE. Les parents d'enfants atteints de
maladies génétiques peuvent intégrer une CCPE en présentant leur dossier par
l'intermédiaire de l'inspectrice scolaire auprès du Préfet. De cette manière,
ils peuvent vérifier si le dossier de leur enfant est bien rempli et mettre en
évidence certaines méconnaissances des médecins scolaires. Une telle action est
primordiale dans la mesure où la qualité du dossier préparé en CCPE conditionne
son bon traitement en CDES.
JdS
Au vu des différentes remarques qui viennent d'être faites, je suggère que notre
Charte comprenne le point suivant : sensibilisation des instituteurs, des
Directeurs d'établissement, des membres des CDES et des CCPE ainsi que des
médecins scolaires à l'intégration des enfants handicapés.
Marie-Odile Bulk
En ce qui concerne l'intégration scolaire des enfants malades ou handicapés, je
voudrais rappeler l'opération menée dans ce domaine par l'Association Européenne
des Leucodystrophies. Dans ce cadre, 80 000 élèves ont été sensibilisés au
handicap. Cette démarche citoyenne est réclamée par le Ministère de l'Éducation
Nationale et parrainée par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. À travers
cette action, nous avons également pu toucher nombre d'enseignants, de chefs
d'établissement et de médecins scolaires.
monsieur Monet
J'ai le sentiment que les hôpitaux ont tendance à soigner nos enfants chacun à
leur façon. Il faudrait que ces hôpitaux se mettent en rapport les uns avec les
autres ou qu'existe à Paris un centre regroupant toutes les informations sur ces
maladies rares.
JdS
Une telle structure existe déjà. Il ne faut cependant pas confondre le travail
que peut mener chaque association et les actions que conduisent les fédérations.
Par exemple, notre Charte n'aura de poids que si nous la présentons dans un
cadre collectif. Si chacun d'entre nous oeuvre séparément, nos actions n'auront
que peu de résultats.
Je vous propose de procéder maintenant au vote de la Charte.
La Charte est adoptée à l'unanimité.
JdS
Je crois que, pour faire avancer notre cause commune, nous devrons essayer de
préserver cette unanimité.
le conseil d'administration de l'AFRG
vice-président de la commission des Affaires sociales du Sénat
Le premier portera sur l'intégration des enfants malades dans les
structures scolaires et de loisir, tandis que le second concernera la parole
et le soutien, c'est-à-dire l'aide que peuvent apporter nos associations aux
malades.
Cette Maison, qui est avant tout la vôtre, est opérationnelle depuis octobre
1997. Son fonctionnement vous sera présenté par Monsieur Bouvet qui en est le
responsable.
Yves Harel
directeur général des laboratoires Biogalénique
(filiale de Rhône-Poulenc Rorer)
Cette brochure d'une vingtaine de pages n'a pas vocation à être exhaustive en la
matière mais doit plutôt sensibiliser en permanence les médecins et pharmaciens
à l'existence de ces maladies et permettre à ceux-ci de savoir à qui s'adresser
dans l'hypothèse où ils seraient confrontés à ce type de pathologies.
Le but est de ne pas passer à coté d'un diagnostic précoce. Ce document sera
remis à chaque médecin dans le contexte d'un entretien de quelques minutes avec
nos visiteurs médicaux.
rapporteur de la table ronde,
membre de l'Association Neurofibromatoses - Von Recklinghausen
Monsieur le Sénateur a déjà évoqué la loi de 1975. S'y sont ajoutées divers
décrets et circulaires entre 1982 et 1995. Ce dispositif législatif repose sur
l'idée que la nation est solidaire des handicapés et que la scolarité
obligatoire concerne aussi ces enfants. Malheureusement, nous constatons de
nettes différences entre les textes et la façon dont ils sont appliqués.
Les premières personnes concernées sont tout naturellement les enfants eux-mêmes
mais aussi leurs parents qui sont souvent désorientés, inquiets et ne disposent
pas toujours d'informations précises sur les possibilités d'intégration qui
peuvent être offertes à leurs enfants.
Marie-Pascale Amauger
animatrice nationale du service Arc-en-Ciel Scouts de France
Souvent non préparée, cette annonce est faite dans le milieu hospitalier de
façon et dans un lieu tout à fait inhospitaliers.
Madame Blondeau, évoquera à ce propos l'assistance des malades et de leur
entourage avant et après le diagnostic.
le projet pilote de Paris
Les bases physiques de la MMO sont posées, le squelette et le cerveau sont là.
Mais pour que la MMO fonctionne véritablement, il est nécessaire que les
associations s'y impliquent pleinement, qu'elles y ajoutent du muscle, du coeur
et qu'elles fassent circuler son sang : l'information. Elles doivent surtout
nous aider à recueillir, classer et exploiter les informations qui arrivent de
plus en plus nombreuses à la MMO et qui, faute de bras, resteraient
inexploitées.

Les demandes viennent de toute la France et correspondent aux
lieux où des actions d'information et de solidarité, les Jours du
Nez Rouge, ont été menées depuis 1996.
- les frères et soeurs, la relation dans le couple -
- le regard des autres
Association Européenne des Leucodystrophies